Question 10 : Quels sont les véritables motifs du déclenchement de cette guerre en Afghanistan et, plus généralement, de la « guerre contre le terrorisme » ?
La guerre en Afghanistan visait des objectifs immédiats et des objectifs stratégiques.
objectifs immédiats : renverser un gouvernement hostile aux É.-U. et mettre en place un gouvernement afghan favorable aux intérêts étasuniens dans la région.
Les Talibans refusaient notamment d’octroyer à des intérêts étasuniens – la compagnie UNOCAL, dont le président Hamid Karzai avait déjà été un consultant – la construction du pipeline trans-afghan devant transporter le gaz naturel du Turkménistan vers le Pakistan. Selon Michael Meacher, ex-ministre britannique de l’environnement dans le gouvernement Blair de mai 1997 à juin 2003, les États-Unis envisageaient déjà une intervention militaire contre l’Afghanistan avant le 11 septembre 2001 :
La BBC rapportait (le 18 septembre 2001) que Niaz Niak, ancien secrétaire aux Affaires étrangères du Pakistan, s’était fait confier par des hauts responsables du gouvernement étasunien, lors d’une rencontre à Berlin à la mi-juillet 2001, qu’une "intervention militaire contre l’Afghanistan aurait lieu d’ici la mi-octobre ". Jusqu’en juillet 2001, le gouvernement des États-Unis considérait le régime des Talibans comme une source de stabilité en Asie centrale qui permettrait la construction de pipelines, traversant l’Afghanistan et le Pakistan, pour amener le pétrole et le gaz naturel du Turkménistan, de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan vers l’Océan indien. Mais, face au refus des Talibans d’accepter les conditions des États-Unis, les représentants étasuniens leur ont dit : ‘ou bien vous acceptez notre offre d’un tapis d’or, ou bien nous vous enterrons sous un tapis de bombes’ (Inter Press Service, 15 novembre, 2001). [32]
Le 27 décembre 2002, une entente est finalement signée entre Hamid Karzai et des représentants des gouvernements turkmène et pakistanais : un projet de 3,2 milliards de dollars...
objectifs stratégiques : installer non seulement en Afghanistan, mais dans plusieurs autres pays d’Asie centrale des bases militaires étasuniennes d’où les États-Unis pourront « projeter leur force » dans toute cette région, jadis la chasse gardée de l’URSS et située dans l’arrière-cour de la Chine... En ce moment, par exemple, alors que le ton de l’administration Bush monte face à l’Iran, l’armée étasunienne peut compter sur des bases militaires de chaque côté de l’Iran...
En ce qui concerne la « guerre contre le terrorisme » plus généralement, nous en comprenons ainsi les grandes lignes
[33]:
- suite à la fin de la guerre froide, les ressources naturelles et les marchés des régions du globe qui étaient auparavant sous le contrôle ou l’influence de l’URSS deviennent maintenant ‘ouvertes’ à la convoitise des grandes forces économiques du monde : USA, Europe, Japon, Chine, avec la Russie qui cherche quand même à préserver ce qu’elle peut...
- La compétition sur le strict plan économique est féroce et les États-Unis ne sont pas assurés de l’emporter sur ce terrain. Par ailleurs, la supériorité étasunienne sur le plan militaire est absolument incontestable et sans rivale; la tentation est ainsi très forte d’aller chercher par la force des armes ce que la seule compétition économique ne leur permettrait pas toujours de gagner. Le pétrole irakien étant l’exemple majeur de la dernière période.
- Les idéologues néo-conservateurs du Project for a New American Century ont clairement pressenti le rôle clé de la suprématie militaire étasunienne pour la réalisation de leur ‘projet’. Dans Rebuilding America’s Defenses[34], ils ont indiqué que les États-Unis devraient accroître de façon spectaculaire leurs dépenses militaires pour rendre leur avance insurmontable sur ce plan; se placer ainsi dans la position de mener parallèlement plusieurs fronts de guerre majeurs, etc. Le seul problème : à défaut d’un nouveau Pearl Harbour, la population étasunienne ne serait jamais prête à accepter un détournement aussi majeur de ressources vers le secteur militaire. Surviennent alors les attentats du 11 septembre qui constitueront le prétexte idéal pour gonfler les dépenses militaires de façon incroyable pour être en mesure de mener la « guerre sans fin » contre les forces de l’Axe du Mal.
- Cette guerre bien réelle, dans laquelle nos gouvernement engouffrent de plus en plus de ressources publiques, s’accompagne de tout un train de mesures et de lois, dites sécuritaires ou anti-terroristes, qui portent gravement atteinte aux libertés civiles et remettent en question des principes de justice fondamentale tels la présomption d’innocence, le droit à un procès juste et équitable, l’interdiction de la torture, etc.[35]
- Elle se mène aussi sur le terrain du langage, créant de nouvelles expressions pour tenter de justifier ses violations flagrantes du droit international, des libertés civiles et des principes de justice fondamentale : ‘guerre préventive’, ‘combattant ennemi’, ‘islamo-fascisme’, etc. Dans le but de faire oublier à notre population que cette guerre tue et blesse un grand nombre de civils qui ne sont pas partie prenante aux combats, les compte-rendu officiels des opérations militaires ne font état que de « terroristes », d’« insurgés » ou de « Talibans» tués. En Afghanistan, d’emblée, tout mort est « un Taliban »...
Bref, la « guerre contre le terrorisme » est l’écran de fumée qui sert à camoufler la poussée ultime d’expansion de l’empire étasunien dans le monde, principalement par la force des armes. La guerre en Afghanistan a été le coup d’envoi officiel de cette « guerre sans fin » et ne devrait certainement pas en être dissociée dans nos analyses.
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