Aller au contenu

Section 5 : Qu'avons-nous à proposer ?

Notre mouvement contre la guerre et le militarisme fait partie des mouvements progressistes de la société civile québécoise et canadienne.  Plusieurs des citoyens et des citoyennes qui y sont mobilisés sont également impliqués dans diverses luttes contre le néolibéralisme, contre la pauvreté, contre l'oppression des femmes, contre le racisme et les autres formes de discrimination, contre la destruction de notre environnement planétaire, etc.

Bien que nos gouvernements soient issus d'élections générales et bien qu'ils affirment agir au nom des meilleurs intérêts de la population, nos mouvements doivent souvent mener des luttes prolongées pour que les intérêts et la volonté de la majorité soient vraiment considérés.  Dans ces luttes, nous devons même contrer la désinformation que véhiculent souvent ces mêmes gouvernements quant aux conséquences de leurs projets et de leurs politiques sur nos vies.  Si telle est notre propre expérience ici, sur les enjeux qui nous concernent, pourquoi devrions-nous simplement croire les professions de bonnes intentions de nos gouvernements lorsqu'il s'agit de guerres qui se déroulent très loin de nos frontières ?  Pourquoi, comme mouvements progressistes examinant ce que nous pouvons faire, inclurions-nous le gouvernement et l'armée canadienne dans ce « nous » ?  Pourquoi les considérerions-nous comme nos partenaires ou, pire encore, comme les agents d'exécution de nos devoirs de solidarité ?

Question 15 : « N'avons-nous pas la responsabilité de ne pas laisser tomber le peuple afghan et de continuer à l'aider à reconstruire le pays ? »

Quand cette question est posée par des citoyens et des citoyennes de bonne foi, nous relevons d'abord l'ambiguïté du « nous ».  En effet, de qui parle-t-on ici  ?  De « nous », citoyens et citoyennes opposés à la guerre... en partenariat avec l'armée étasunienne ?  ou en partenariat plus large avec l'OTAN ?  ou en partenariat plus restreint seulement avec l'armée canadienne ?  Car, en définitive, c'est la perspective d'interventions militaires qu'on nous offre pour « aider à reconstruire ».  Étrange perspective quand on se rappelle les paroles du Chef d'état-major de la Défense, Rick Hillier :  Nous ne sommes pas la fonction publique du Canada, nous ne sommes pas un ministère comme un autre.  Nous sommes les Forces canadiennes et notre travail est d'être capable de tuer des gens.[50]

Lier la question de l'intervention militaire à la reconstruction révèle une méconnaissance de la réalité elle-même, car depuis cinq ans, le résultat net de la guerre et de l'intervention étrangère en Afghanistan n'a pas été  d'aider le peuple afghan à reconstruire son pays, comme le constate le Conseil de Senlis :
Cinq ans de présence internationale dans le pays visant à accroître le niveau de vie de la population afghane n'ont permis aucune amélioration mesurable dans l'accès et la qualité des services de santé et d'éducation, sur la plus grande partie du territoire afghan, en dehors des limites de Kaboul[51].
Ce n'est pas très surprenant lorsqu'on sait que pour l'ensemble des intervenants étrangers les sommes investies dans les dépenses militaires sont de dix à quinze fois plus élevées que celles consacrées à l'aide au développement.  Cela vaut aussi pour le Canada : pour l'année 2006-2007, l'intervention militaire canadienne en Afghanistan coûtera 1,4 milliards de dollars, alors que 100 millions seront consacrés à « l'aide » à ce pays.  On reconstruit un peu pour mieux détruire ?  Quand des responsables militaires canadiens décrivent les progrès satisfaisants de l'Opération Méduse en expliquant que les troupes avancent après des bombardements intensifs, « terrain de football par terrain de football », pouvons-nous prétendre aider le peuple afghan à reconstruire son pays ?

Il y a également de sérieuses questions à se poser sur l'impact réel et la nature véritable de la petite part des dépenses qui est consacrée à « l'aide ».  Voici ce qu'en dit Malalai Joya :
Il est ironique que cela se passe dans un pays qui a reçu 12 milliards de dollars, et qui s'est vu promettre encore 10 milliards de dollars au congrès à Londres l'année passée. Mais cet argent finira principalement dans les poches des seigneurs de guerre, pour qu'ils puissent mieux opprimer notre pays.
Des préoccupations similaires étaient exprimées par Jean Mazurel, responsable français de la Banque mondiale à Kaboul, dans une entrevue accordée en septembre 2006 au journaliste Sylvain Desjardins de Radio-Canada.  Il donnait l'exemple d'une école qui coûterait 200 000 $ à construire mais pour laquelle il ne restait que 50 000 $ du budget initial une fois tous les intermédiaires servis... Il affirmait aussi qu'une grande partie de « l'aide » était versée pour payer des services experts et des produits des pays donateurs sans aucun effet sur le mieux-être immédiat de la population.  Dans un article du Time Magazine du 30 mai 2006, Rachel Morarjee rapportait le témoignage d'un mécanicien de Kaboul pour tenter d'expliquer pourquoi, lors des émeutes de Kaboul la veille, la foule en colère avait même saccagé et incendié des bureaux d'ONGs :
« Les gens sont en colère contre les Ongs car elles dépensent beaucoup d'argent à leur propre usage. Seules les personnes qui travaillent pour elles retirent un quelconque bénéfice de leur présence ici », déclare Isatullah, un mécanicien.
Pour terminer, nous ajouterons trois choses.  Premièrement, il faut relever le fait que la question « N'avons-nous pas la responsabilité de ne pas laisser tomber le peuple afghan et de l'aider à reconstruire le pays ? » sort souvent de la bouche de nos responsables gouvernementaux.  Comment eux, qui ne se préoccupent pas vraiment du sort du peuple d'ici – encore bien moins des Afghans et des Afghanes – et qui détournent les budgets de nos programmes sociaux vers les dépenses militaires, ont-ils l'audace de chercher à culpabiliser les mouvements progressistes de la société civile qui luttent quotidiennement pour les intérêts populaires ici et ailleurs ?

Deuxièmement, l'idée que nous avons la responsabilité de régler les problèmes des autres sociétés relève malheureusement d'un relent de colonialisme encore bien présent dans nos sociétés occidentales...

Enfin, nous devons nous rappeler que c'est d'intervention militaire qu'il s'agit.  Or, le rôle des armées n'est pas de faire du travail humanitaire ni de reconstruire les pays étrangers qu'elles occupent.  Les exemples de l'Irak et de l'Afghanistan sont probants là-dessus !  Selon la Banque mondiale, il en coûterait 27,5 milliards $ pour reconstruire les infrastructures désuètes et détruites de l'Afghanistan.  Or, de 2002 à 2006, les pays de l'OTAN – États-Unis en tête – ont englouti plus de trois fois cette somme en dépenses militaires « pour » l'Afghanistan. On doit refuser les amalgames ‘armée/aide au développement' et ‘armée/aide humanitaire', parce qu'ils sont mensongers et ne produisent en rien les résultats promis.  En outre, cette confusion des rôles met sérieusement en danger la vie des véritables travailleurs humanitaires en effaçant, aux yeux de la résistance, la distinction entre ces travailleurs et les forces d'occupation militaire. Et surtout, cette confusion des rôles n'est qu'une façon de rendre la guerre  acceptable auprès de la population canadienne, en occultant ses effets totalement dévastateurs sur la société qui la subit.

Question 16 : Un retrait des troupes canadiennes de l'Afghanistan favorisera-t-il le retour des Talibans au pouvoir ? Plongera-t-il le pays dans la guerre civile ?

Il est important de rappeler deux choses concernant les Talibans que les partisans de l'intervention militaire canadienne en Afghanistan ont plutôt tendance à occulter.  C'est en grande partie l'ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures de l'Afghanistan qui est responsable de l'arrivée et du maintien au pouvoir des Talibans.  Et la perspective d'empêcher à tout prix le retour des Talibans n'a de sens que dans la mesure où les forces présentement au pouvoir s'en distinguent vraiment, notamment sur les enjeux du fondamentalisme religieux, du respect des droits de la personne et des droits des femmes.  Or, comme nous l'avons déjà vu, tel n'est pas vraiment le cas.

Nous ne sommes évidemment pas en mesure de prédire précisément l'avenir.  Toutefois nous ne croyons pas qu'il existe, à court ou à moyen terme, une solution qui apporterait paix, démocratie et développement à un pays aussi pauvre, dévasté et meurtri que l'est l'Afghanistan.  Un pays qui a connu, au cours des trois dernières décennies, deux invasions étrangères et d'interminables guerres intestines, souvent alimentées par des pays étrangers.  Nous ne croyons surtout pas qu'une telle solution puisse être fournie de l'extérieur de cette société et, encore moins, militairement.

En nous basant sur la plupart des observateurs civils internationaux et même sur des sources militaires occidentales, nous savons que quatre années d'occupation et de « reconstruction » n'ont pas produit les résultats positifs promis, au contraire.  La population afghane fait de moins en moins confiance au gouvernement central et aux forces militaires étrangères qui l'appuient.  L'influence des Talibans est en hausse et ils ont réussi à faire alliance avec d'autres forces opposées à l'occupation étrangère.  Les États-Unis et leurs alliés, dont le Canada, ont beau dire qu'ils vont « gagner les cœurs et les esprits » en Afghanistan, c'est le contraire qui se produit actuellement.  Et, vraisemblablement, c'est le contraire qui continuera de se produire à mesure que le nombre de troupes étrangères augmentera et que ces troupes intensifieront leur répression brutale et aveugle des opposants afghans.

Tôt ou tard, toutes les troupes étrangères qui occupent présentement l'Afghanistan quitteront le pays. Elles quitteront l'Afghanistan parce que la résistance armée, malgré la répression, aura gagné en importance et en efficacité, parce que la population afghane lui accordera – par confiance, par dépit ou par crainte – davantage d'appui et parce que les populations des puissances occupantes accepteront de moins en moins les coûts humains et financiers associés à l'intervention militaire.  La question du pouvoir en Afghanistan se posera alors en fonction du rapport de forces qui existera à ce moment entre les diverses composantes sociales, politiques et militaires de la société.

Si les Talibans ont alors une position militaire hégémonique, le pouvoir leur sera acquis de facto.  Mais si tel n'est pas le cas, des formules de compromis et de partage du pouvoir seront peut-être possibles, faisant enfin écho au souhait exprimé par la vaste majorité de la population afghane d'en finir avec la guerre et la voie des armes.  À moins que, faisant fi de cette aspiration, une autre période de guerres intestines ne commence entre les diverses factions armées.  Quelle que soit l'alternative qui prévaudra, nous sommes d'avis que la guerre actuelle entre, d'une part, les armées étrangères, l'Alliance du Nord et autres seigneurs de guerre, et d'autre part, les Talibans et leurs alliés, n'est aucunement de nature à favoriser le développement des forces authentiquement démocratiques en Afghanistan.

Le danger, souvent évoqué, que le retrait des troupes étrangères n'entraîne l'éclatement d'une guerre civile nous apparaît comme un sombre scénario hypothétique pour nous faire oublier le sombre scénario bien réel qu'impose présentement l'occupation à la population afghane.  Et il repose sur une prémisse que nous considérons fausse, à savoir que le maintien des troupes étrangères en Afghanistan contribuerait à atténuer le risque de guerre civile dans ce pays alors qu'il est en train de l'exacerber.

Les mêmes arguments ont été servis à la population des États-Unis pour tenter de justifier la poursuite de l'occupation de l'Irak, même auprès de ceux et celles qui considéraient l'invasion initiale comme « une erreur ».   Or, d'année en année, le nombre de victimes d'attentats et d'assassinats sectaires en Irak n'a jamais cessé d'augmenter parallèlement au nombre croissant de soldats étrangers tués.  En fait, les attaques inter-communautaires en Irak ont atteint des proportions telles qu'on peut tout à fait parler de guerre civile, un état de fait que même le secrétaire-général des Nations Unies, Kofi Annan, a publiquement reconnu le 3 décembre 2006.

Loin d'être surprenant, ce fait est pour ainsi dire normal.  Car, en général, la présence de troupes étrangères dans un pays qu'elles ont envahi, bien loin d'apaiser les contradictions internes, crée une polarisation additionnelle et un fossé grandissant entre les forces qui s'opposent coûte que coûte à cette présence et celles qui s'y allient ou en profitent d'une façon ou d'une autre.

Question 17 : Pourquoi ne demandons-nous pas un changement de mandat et/ou de mission pour les troupes canadiennes en Afghanistan ?

Pour rendre compte de la situation qui prévaut actuellement en Afghanistan, nous avons puisé à diverses sources dont le Conseil de Senlis, Womankind Worldwide, Human Rights Watch et Amnistie Internationale.  Or ces organismes, tout comme plusieurs autres au Québec, au Canada et ailleurs, n'appellent pas nécessairement au retrait des troupes étrangères de l'Afghanistan. Le plus souvent, en ce qui concerne les troupes canadiennes, ils appellent plutôt à une révision de leur mandat dans le sens du « maintien de la paix » ou de la « protection de la population civile ».  Ils appellent aussi parfois à ce que le commandement des troupes étrangères soit assumé par les Nations Unies plutôt que par l'OTAN et, dans quelques cas, à ce que les forces étrangères actuelles soient remplacées par une nouvelle force militaire issue principalement des pays musulmans.

De telles propositions reposent généralement sur une volonté de faire évoluer la situation actuelle dans le sens de la paix et des intérêts du peuple afghan.  Elles pourraient être intéressantes s'il s'agissait réellement de maintenir la paix et de protéger la population civile, dans un pays musulman où les belligérants auraient au moins accepté d'observer un cessez-le feu et de négocier.  Mais c'est d'invasion étrangère, de guerre et d'occupation militaire dont il s'agit ici.  Ramenées sous cet éclairage, ces propositions sont non seulement irréalistes, mais elles entretiennent des illusions quant à la nature et aux raisons de l'implication militaire canadienne en Afghanistan.

Changement de mandat et/ou de mission des troupes canadiennes

Une telle demande n'est pas réaliste et entretient des illusions car:
  • elle fait abstraction des conditions concrètes sur le terrain, notamment des opposants;
  • elle fait abstraction des rapports de force au sein de l'OTAN;
  • elle tend à considérer le mandat actuel comme un simple accident de parcours;
  • elle se refuse à analyser les raisons de cette guerre au-delà des intentions proclamées.

Élaborons un peu sur chacun de ces aspects.

On ne peut demander un changement de mandat en faisant abstraction des conditions concrètes sur le terrain.  Dans la mesure où il s'agit de déployer des troupes dans un secteur où la population locale se méfie d'elles et où la résistance armée est intense, la logique même du maintien de cette présence impose de faire la « chasse aux insurgés », de se fier à des délateurs dont les motivations peuvent être diverses, de faire irruption subitement dans les maisons ce qui en terrorisera les occupants, d'exécuter des opérations militaires visant l'élimination des opposants armés et entraînant des morts civiles que l'on qualifiera de « bavures » et « dommages collatéraux », etc.

L'alternative, selon certains, serait de se retirer de ces régions et de se concentrer dans les zones où sont possibles des opérations moins guerrières de « protection du développement », en élargissant progressivement ces zones.  Et comment ces zones s'élargiront-elles ?  Apparemment, le maintien de la paix et la reconstruction gagneront « les cœurs et les esprits » des Afghans dans ces zones et cela coupera l'herbe sous le pied des opposants.  Mais, là encore, le scénario ignore un acteur essentiel : les adversaires.  Car les forces afghanes qui s'opposent à la présence militaire étrangère cibleront nécessairement les troupes occidentales là où elles sont repliées et elles le feront de plus en plus à mesure que leur nombre et leur état de préparation le permettront. Les zones plus calmes deviendront plus chaudes et le mandat et/ou la mission des troupes d'occupation devront se modifier en conséquence.

L'intervention de l'OTAN en Afghanistan n'est pas une activité sans direction où chaque armée peut choisir de faire ce qu'elle veut, là où elle veut.  Dès le départ, les États-Unis, qui ont décidé de cette guerre, ont fait le choix d'appuyer et d'armer l'Alliance du Nord et d'autres seigneurs de guerre, de les porter au pouvoir et de chercher ensuite à étendre leur pouvoir sur l'ensemble du pays.  Au delà de la propagande officielle sur la démocratie et la reconstruction, c'est cette mission générale que l'OTAN exécute en Afghanistan et les mandats des armées participantes ne peuvent qu'être définis en fonction des tâches qui en découlent.

Dans une période où la résistance armée s'accroît en Afghanistan et où les États-Unis, en difficulté en Irak, doivent y déployer d'autres troupes, les pressions sont énormes pour que d'autres contingents de l'OTAN prennent la relève des troupes étasuniennes et se mettent eux aussi à faire « la chasse aux Talibans ».  Les troupes canadiennes sont engagées dans cette direction depuis février 2006 et les milieux politiques et militaires canadiens en sont maintenant rendus à faire pression sur les autres pays de l'OTAN pour qu'ils adoptent le même mandat et assument « leur part » des coûts de ces opérations.

Le mandat actuel des troupes canadiennes n'est pas un simple accident de parcours qui entache la réputation du Canada comme promoteur de paix et dont on peut facilement ‘sortir' en revenant au mandat antérieur.  Cela fait déjà une quinzaine d'années que le rôle militaire du Canada à l'étranger évolue en direction contraire du maintien de la paix.[52]  Plus récemment, prenant prétexte des attentats du 11 septembre 2001, une nouvelle politique étrangère canadienne, militariste et intimement liée à celle des États-Unis, a été adoptée explicitement dans les hautes sphères économiques, politiques et militaires canadiennes.

La demande d'un changement de mandat évacue la question fondamentale du ‘pourquoi' de cette guerre et des intérêts qu'elle sert réellement, au delà des bonnes intentions professées par les États-Unis et leurs alliés.[53]  Elle se fonde sur la prémisse implicite que les intentions du gouvernement canadien sont les mêmes que les nôtres mais que – par  erreur ou par capitulation face aux pressions extérieures – il s'est fourvoyé dans les nouveaux moyens choisis pour réaliser ses bonnes intentions. Pour nous, c'est là faire preuve, au minimum, de beaucoup de naïveté, car cette guerre en est une de domination et de mainmise étrangères et aucune suggestion de moyens différents ne pourra, tout-à-coup, la transformer en son contraire.

Changement de commandement des troupes étrangères : de l'OTAN vers l'ONU

Dans le contexte actuel, cette revendication n'est pas plus réaliste qu'un changement de mandat ou de mission :
  • une telle décision relève du mandat du Conseil de sécurité; or, sitôt après l'invasion de l'Afghanistan, ce sont les États-Unis eux-mêmes qui ont piloté les diverses résolutions du Conseil sur ce sujet, des résolutions qui ne critiquaient évidemment pas la guerre, qui entérinaient la mise en place de la FIAS, puis le prolongement et l'élargissement de son mandat sous le commandement de l'OTAN, etc.; aucun autre pays au Conseil de sécurité ne s'est aventuré à ce jour à proposer des changements là-dessus...
  • La seule alternative serait que l'Assemblée générale de l'ONU prenne les choses en main dans une sorte de désaveu de l'orientation que suit présentement le Conseil de sécurité; cela est théoriquement possible, mais très improbable car il faudrait pour cela qu'une majorité de pays confronte ouvertement l'orientation des États-Unis, ce que bien peu de gouvernements ont intérêt à faire.  En pratique, au Canada, notre tâche serait de demander au gouvernement canadien d'intervenir dans ce sens – ce qui est contraire à sa politique actuelle.
  • Cette revendication entretient finalement les illusions qui prévalent concernant le rôle de l'ONU sur les enjeux de guerre et de paix, alors que ces questions relèvent du Conseil de sécurité et que les États-Unis réussissent souvent à y faire prévaloir leurs politiques.  Il faudrait commencer à parler ouvertement de ce détournement majeur...

Question 18 : Quelles sont alors nos responsabilités envers le peuple afghan ?

Les nombreuses discussions autour de cette question se déroulent souvent comme si nous avions la solution aux problèmes de la société afghane et la responsabilité de les résoudre. Nous pensons qu'il faut rompre avec une telle approche et fonder notre travail sur une solidarité véritable avec les Afghans et les Afghanes dans leurs luttes d'autodétermination.  Dans son discours au Congrès du NPD en septembre 2006, la députée afghane Malalaï Joya affirmait :
Je pense qu'aucun pays ne peut donner la liberté à un autre pays. Seulement le peuple lui-même peut s'affranchir. Les événements actuels en Afghanistan et en Irak en sont la preuve. Je pense que si le Canada et d'autres gouvernements tiennent vraiment à aider le peuple afghan et à effectuer des changements positifs, il faudrait qu'ils agissent de façon autonome, plutôt que de devenir un outil avec lequel le gouvernement américain peut imposer ses mauvaises politiques. Il faut qu'ils s'alignent sur les besoins et les désirs du peuple afghan.[54]
Affirmer le principe de l'autodétermination, c'est d'abord reconnaître que les Afghans et les Afghanes ont la responsabilité de leur destin et peuvent très bien concevoir et mettre en oeuvre leurs propres solutions à leurs problèmes.  Et il faut aussi reconnaître que les interventions étrangères, en Afghanistan comme ailleurs, ont rarement été basées sur le respect de ce principe, mais plutôt sur une volonté de contrôle et de mainmise contraires aux intérêts des peuples que l'on prétend aider.  La guerre actuelle et l'intervention canadienne dans cette guerre ne font pas exception.

Les pistes d'action que nous présentons sont de deux ordres : d'une part, quoi faire en ce qui concerne spécifiquement l'intervention militaire du Canada en Afghanistan; d'autre part, quoi faire en ce qui concerne plus généralement la politique étrangère canadienne.

En ce qui concerne la guerre en Afghanistan :

1.      Nous appelons au retrait des troupes canadiennes de l'Afghanistan. Ce retrait n'équivaut surtout pas à laisser tomber le peuple afghan, puisque, pour nous, il s'agit de retirer une partie d'une armée étrangère d'occupation. C'est notre première responsabilité envers le peuple afghan dans sa longue et difficile lutte pour l'autodétermination.  La présence des troupes canadiennes en Afghanistan s'inscrit dans l'orientation de plus en plus militariste de la politique étrangère du Canada et, à ce titre, nous la rejetons.

2.      Aussi longtemps que durera l'intervention militaire canadienne en Afghanistan, nous devons :
  • déconstruire le discours trompeur du Gouvernement du Canada concernant les progrès réalisés en Afghanistan en matière de « bonne gouvernance », de droits de la personne, de droits des femmes, etc.;
  • demander des comptes et exiger la vérité concernant l'intervention militaire canadienne : nombre de victimes afghanes causées par notre intervention, usage de munitions prohibées, nombre de prisonniers transférés et selon quelles ententes[55], coûts de l'intervention, etc.;
  • développer des liens directs, entre sociétés civiles, avec des individus et des organismes afghans qui n'acceptent ni la logique d'un fondamentalisme répressif ni celle des armées étrangères;
  • identifier et dénoncer, au sein de la société québécoise et canadienne, les promoteurs de la guerre en Afghanistan et leurs intérêts.

En ce qui concerne la politique étrangère du Canada :

3.      Nous rejetons l'orientation de plus en plus militariste de la politique étrangère du Canada, l'approfondissement du partenariat militaire avec les États-Unis et l'intégration quasi-totale de l'armée canadienne à l'armée des États-Unis qui en découle.

Nous exigeons la tenue d'un véritable débat public sur le rôle que les citoyens et les citoyennes du Québec et du Canada veulent voir jouer à l'armée canadienne ainsi que la réduction des dépenses militaires.  Nous exigeons la fin des subventions à la participation des entreprises canadiennes au commerce international des armes.  Nous nous opposons au recrutement militaire qui s'intensifie partout dans les universités, les collèges et les écoles secondaires et qui cible particulièrement les jeunes issus des milieux pauvres de notre société.

4.      Nous exigeons une révision en profondeur de la politique étrangère du Canada pour qu'elle soit réellement axée sur la justice et le partage des richesses,  en particulier, en ce qui concerne l'aide publique au développement.  Nous dénonçons le virage « sécuritaire » qu'a adopté le gouvernement et le fait qu'une partie de cette aide soit maintenant détournée à des fins militaires.  Nous demandons non seulement l'atteinte immédiate de l'objectif de consacrer 0,7 % du PIB du Canada à l'aide au développement, mais aussi une aide qui soit réellement décaissée et gérée avec transparence, libre de toute obligation envers le pays donateur et consacrée à des projets déterminés par les populations des pays auxquels elle est destinée.  L'Afghanistan, classé 175e sur 177 pays selon l'indice de développement humain des Nations Unies, devrait être parmi les principaux pays touchés par cette aide accrue et véritable.

Table des matières
Section 4 | Notes

Haut de page | Imprimer

Administration