Tous les pays du monde devraient rejeter l’absurde et dangereux « Conseil de la paix » de Donald Trump (traduction)

Tous les pays du monde devraient rejeter l’absurde et dangereux « Conseil de la paix » de Donald Trump

Par Jeffrey D. Sachs et Sybil Fares, Common Dreams, 22 janvier 2026
Texte original en anglais [Traduction et révision : Martine Eloy et Dominique Peschard]

Refuser d’y adhérer sera un acte de dignité nationale. L’ordre international fondé sur l’ONU, aussi imparfait soit-il, doit être réparé par le droit et la coopération, et non remplacé par une caricature dorée.

« Tous les pays du monde devraient rejeter l’absurde et dangereux ‘Conseil de la Paix’ de Donald Trump  », Common Dreams, 22 janvier 2026
« Tous les pays du monde devraient rejeter l’absurde et dangereux ‘Conseil de la Paix’ de Donald Trump  », Common Dreams, 22 janvier 2026

Le soi-disant « Conseil de la paix » créé par le président Donald Trump avilit sérieusement la recherche de la paix et tout pays qui lui accorde une légitimité. C’est un cheval de Troie visant à démanteler les Nations Unies. Ce « Conseil de la paix » devrait être catégoriquement rejeté par tous les pays invités à y adhérer.

Dans sa Charte, le Conseil de la paix se prétend être une « organisation internationale qui cherche à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime et à garantir une paix durable dans les zones touchées ou menacées par des conflits ». Si cela vous semble familier, c’est normal, car c’est le mandat des Nations Unies. Créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’ONU a pour mission principale de maintenir la paix et la sécurité internationales.

Ce n’est un secret pour personne que Trump affiche ouvertement son mépris pour le droit international et les Nations Unies. Il l’a lui-même déclaré lors de son discours à l’Assemblée générale en septembre 2025 et il s’est récemment retiré de 31 organismes des Nations Unies. Suivant une longue tradition de la politique étrangère des États-Unis, il a constamment violé le droit international, y compris en bombardant sept pays au cours de la dernière année, sans aucune autorisation du Conseil de sécurité et sans motif de légitime défense au sens de la Charte (Iran, Irak, Nigeria, Somalie, Syrie, Yémen et Venezuela). Il réclame maintenant le Groenland, avec une hostilité flagrante et ouverte envers les alliés des États-Unis en Europe.

Alors, qu’en est-il de ce « Conseil de la paix »?

Il s’agit, pour faire simple, d’un serment d’allégeance à Trump, qui aspire au rôle de président mondial et d’arbitre ultime du monde. Le Conseil de la paix aura pour comité exécutif nul autre que les donateurs politiques, les membres de la famille et les courtisans de Trump. Les dirigeants des nations qui s’y joignent pourront côtoyer Marco Rubio, Steve Witkoff, Jared Kushner et Tony Blair, et recevoir leurs ordres. Marc Rowan, propriétaire d’un fonds spéculatif et grand donateur du Parti républicain, sera également de la partie. Plus précisément, toutes les décisions prises par le Conseil de la paix seront soumises à l’approbation de Trump.

Comme si cette mascarade de représentants ne suffisait pas, les nations devront débourser un milliard de dollars pour un « siège permanent » sur le Conseil. Toute nation qui participe doit savoir ce qu’elle « achète ». Elle n’achète certainement pas la paix ou une solution pour le peuple palestinien, car l’argent est censé servir à la reconstruction de Gaza. Elle achète un accès ostensible à Trump tant que cela sert ses intérêts. Elle achète l’illusion d’une influence momentanée dans un système où les règles de Trump sont appliquées selon son bon vouloir.

Cette proposition est absurde, notamment parce qu’elle prétend « résoudre » un problème qui a déjà trouvé une solution mondiale il y a 80 ans. Les Nations Unies existent précisément pour empêcher la personnalisation de la guerre et de la paix. Cette institution a été conçue après les ravages de deux guerres mondiales afin d’asseoir la paix mondiale sur des règles communes et le droit international. L’autorité de l’ONU découle, à juste titre, de la Charte des Nations Unies ratifiée par 193 États membres, (dont les États-Unis, suite à la ratification par le Sénat étatsunien en juillet 1945) et est fondée sur le droit international. Si les États-Unis ne veulent pas respecter la Charte, l’Assemblée générale des Nations Unies devrait suspendre l’accréditation des États-Unis, comme elle l’a fait autrefois avec l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid.

Le Conseil de la paix de Trump est un rejet flagrant des Nations Unies. Trump l’a clairement exprimé en déclarant récemment que le Conseil de paix « pourrait » en effet remplacer les Nations Unies. Cette déclaration devrait à elle seule entrainer une fin de non-recevoir pour tout dirigeant national qui se respecte. Participer après une telle déclaration revient à prendre consciemment la décision de subordonner son pays à une autorité mondiale personnalisée par Trump. C’est accepter que la paix soit régie par Trump et ne soit plus régie par la Charte des Nations Unies.

Néanmoins, certains pays, désireux de se mettre du bon côté des États-Unis, pourraient mordre à l’hameçon. Ils devraient se rappeler des sages paroles du président John F. Kennedy dans son discours d’investiture : « Ceux qui ont bêtement cherché le pouvoir en chevauchant le dos du tigre ont fini à l’intérieur. »

L’histoire démontre que la loyauté envers Trump ne suffit jamais à apaiser son ego. Il suffit de regarder la longue liste des anciens alliés, conseillers et collaborateurs de Trump qui ont été humiliés, écartés et attaqués par lui dès qu’ils ont cessé de lui être utiles.

Pour n’importe quel pays, participer au Conseil de la paix serait une erreur stratégique. Rejoindre cet organisme affectera leur réputation de manière durable. Longtemps après la présidence de Trump, avoir été associé à cette mascarade sera considéré comme un manque de jugement. Cela restera une triste preuve qu’à un moment critique, un système politique national a pris un projet vaniteux pour de l’habileté politique, et ce, tout en gaspillant un milliard de dollars.

Ultimement, le refus de rejoindre le Conseil de la paix sera vu comme un acte de dignité politique. La paix est un bien public mondial. L’ordre international onusien, aussi imparfait soit-il, doit être réparé par le droit et la coopération, et non remplacé par une caricature dorée. Tout pays qui accorde de l’importance au droit international et au respect des Nations Unies devrait immédiatement refuser d’être associé à cette mascarade du droit international.