La « doctrine Donroe » de Donald Trump attise la violence dans les Amériques (traduction)

La « doctrine Donroe » de Donald Trump attise la violence dans les Amériques

Par Nick Turse, The Intercept, 27 mai 2026

Texte original en anglais [Traduction : Claire Lapointe; révision : Échec à la guerre]

L’agressivité de l’administration Trump dans les Amériques a conduit les cartels à fragmenter et à adopter de nouvelles stratégies.

La « doctrine Donroe » de Donald Trump attise la violence dans les Amériques. The Intercept, 27 mai 2026.
« La « doctrine Donroe » de Donald Trump attise la violence dans les Amériques ». The Intercept, 27 mai 2026.

Selon une nouvelle analyse réalisée par un organisme de surveillance de la violence de premier plan, l’engagement diplomatique et militaire agressif de l’administration Trump dans la cour arrière des États-Unis — surnommé la doctrine Donroe — a entrainé une recrudescence de la violence dans les Amériques, une impunité plus grande des forces de sécurité locales et l’accroissement du danger représenté par les cartels dans l’hémisphère occidental.

« La pression exercée par les États-Unis sur le crime organisé accélère la généralisation des approches sécuritaires militarisées dans la région ». C’est ce que concluent Sandra Pellegrini et Tiziano Breda, analystes experts sur l’Amérique latine au sein du projet Armed Conflict Location & Event Data[1], connu sous le nom d’ACLED. « La volatilité croissante dans l’écosystème du crime organisé alimentera vraisemblablement une hausse de la violence tout au long du reste du mandat de Trump, risquant de compromettre les améliorations à court terme obtenues grâce à des mesures radicales. »

Le président Trump a transformé l’hémisphère occidental en zone de guerre dans le cadre de ce que lui-même et d’autres qualifient de doctrine Donroe. Cette dénaturation de la doctrine Monroe de 1823 a servi à justifier des frappes contre des navires civils dans la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique; une attaque contre le Venezuela et l’enlèvement de son président; des opérations de la CIA au Mexique; des opérations conjointes de lutte contre les cartels en Équateur baptisées « Opération extermination totale »; et à l’intensification des opérations militaires et de renseignement ailleurs en Amérique latine.

Selon l’analyse d’ACLED, « dans les pays où les sources de revenus des cartels sont les plus diversifiées, l’expansion des stratégies de sécurité militarisées a abouti à des résultats contre-productifs, comme la fragmentation des groupes et une concurrence accrue ». En Équateur, la capture ou le meurtre de chefs de gangs a entrainé une prolifération de groupes éclatés. Le nombre répertorié de gangs est passé de 24 en 2023 à 37 à la fin de l’année dernière. Les analystes ont noté qu’après que José Adolfo Macías, chef du gang Los Choneros, ait été extradé vers les États-Unis, un autre groupe — Los Lobos — a réussi à pénétrer les bastions de son rival, alimentant davantage de violence.

Les cartels recourent également de plus en plus à une stratégie de guerre aérienne « à faible empreinte », similaire aux tactiques employées par l’armée étasunienne pendant la guerre contre le terrorisme et encore aujourd’hui, dans le cadre de sa campagne de frappes aériennes contre les embarcations. « Des groupes armés au Mexique et en Colombie utilisent des drones armés pour cibler les forces de sécurité », rapportent Sandra Pellegrini et Tiziano Breda, « dans le but de maximiser l’impact de leurs attaques tout en minimisant les coûts d’une confrontation directe ». Au Mexique, entre 2023 et 2025, les attaques de drones par les cartels ont augmenté de 567 %. En Colombie, ces attaques ont connu une hausse vertigineuse de 10 600 %, passant d’une seule attaque en 2023 à quelque 107 en 2025.

De son côté, depuis septembre 2025, la campagne illégale de frappes menée par l’armée étasunienne contre des bateaux dans la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique a donné lieu à 59 attaques contre des bateaux présumés transporter de la drogue, entrainant la mort de 195 civils. La plus récente frappe, survenue le 8 mai dans l’océan Pacifique, a tué trois personnes.

Les forces de sécurité régionales alignées avec les États-Unis ont également eu recours à des attaques à distance. Selon les analystes d’ACLED, « les formes de violence à distance, notamment les bombardements aériens et, dans le cas d’Haïti, l’utilisation de drones par une force spéciale, ont exposé les civils aux bombardements et fait exploser le nombre de personnes tuées lors d’affrontements entre forces de sécurité et gangs ».

Sandra Pellegrini et Tiziano Breda soulignent que Trump favorise à la fois une « réponse dure à la criminalité dans toute la région et un climat d’impunité », ce qui a conduit à une violence étatique incontrôlée. Les opérations des forces de sécurité auraient fait près de 6 900 morts l’an dernier, le total le plus élevé depuis 2018.

En vertu de la doctrine Donroe, l’administration Trump a, à plusieurs reprises, intimidé le Panama et menacé le Canada, la Colombie, le Groenland, et peut-être aussi l’Islande. Elle constitue également une menace croissante pour Cuba.

La semaine dernière [NDT : semaine du 18 mai], les procureurs fédéraux de Floride ont rendu publique une inculpation contre l’ancien dirigeant cubain Raúl Castro et cinq autres personnes, relativement aux deux avions abattus par l’armée cubaine il y a 30 ans. L’administration a également affirmé que cette petite nation insulaire représentait une menace militaire. Les démocrates au Congrès ont fortement réagi et ont déclaré à plusieurs reprises que l’administration était en train de forger un prétexte pour justifier une invasion.

« J’en conviens, le régime cubain est épouvantable, mais il ne représente pas plus une menace pour notre sécurité nationale que le Nicaragua. C’est tout simplement insensé de prétendre cela, particulièrement quand l’objectif est de justifier une intervention militaire », a déclaré le représentant Jim Himes, démocrate du Connecticut, principal représentant démocrate au sein de la commission du renseignement de la Chambre des représentants.

[1] Données sur les lieux et les événements liés aux conflits armés.