« Des sanctions aussi meurtrières que la guerre » : une étude du Lancet Global Health révèle que les sanctions imposées par les États-Unis tuent plus de 500 000 personnes chaque année
Par Le bureau de la rédaction, The Cradle, 25 juillet 2025
Texte original en anglais [Traduction : Claire Lapointe; révision : Nathalie Thériault]
Les sanctions imposées par les États-Unis ont agi en « tueurs silencieux » dans des pays comme l’Irak, la Syrie et le Venezuela.

Selon une nouvelle étude publiée le 25 juillet [2025] dans le Lancet Global Health, les sanctions économiques à grande échelle, souvent présentées comme une option moins violente à la guerre, sont responsables d’environ 564 000 décès chaque année, la plupart étant des enfants de moins de cinq ans.
La recherche — qui a analysé des données provenant de 152 pays sur une période de 10 ans — a relevé que le taux de mortalité des sanctions était comparable à celui des conflits armés.
Cette étude, rédigée par les économistes Francisco Rodriguez, Silvio Rendon et Mark Weisbrot, souligne l’impact dévastateur des sanctions sur la santé publique et les infrastructures essentielles.
En ciblant des secteurs économiques stratégiques comme la finance et l’énergie, les sanctions restreignent l’accès aux importations essentielles, telles que les médicaments, la nourriture et les pièces de systèmes d’alimentation en eau et d’installations électriques. Ce faisant, elles causent une souffrance généralisée sans la dévastation visible des bombes et des missiles.
Les États-Unis, qui imposent plus de sanctions que tout autre pays, utilisent de plus en plus ces mesures comme outils de politique étrangère. Bien qu’elles soient souvent présentées comme un moyen non violent pour faire pression sur les adversaires, les experts soutiennent que le coût humain qui en résulte est tout sauf pacifique.
« Les sanctions deviennent l’arme privilégiée des États-Unis et de certains alliés – non pas parce qu’elles sont moins destructrices, mais parce que le coût en est moins visible », a écrit Mark Weisbrot dans un commentaire pour le Los Angeles Times. « Elles tuent en silence, sans les conséquences politiques d’une guerre. »
Le cas du Venezuela illustre bien l’impact meurtrier des sanctions. En 2017, après que les États-Unis ont imposé d’importantes restrictions économiques, restrictions intensifiées sous l’administration de Donald Trump, le pays a plongé dans une dépression historique. Selon plusieurs études, entre 2012 et 2020, l’économie vénézuélienne s’est contractée de 71 % – soit de manière trois fois plus sévère que celle de la Grande Dépression aux États-Unis –, entrainant des dizaines de milliers de décès directement liés aux sanctions.
Les enfants de moins de cinq ans sont particulièrement vulnérables. Les sanctions augmentent les taux de malnutrition, les rendant plus susceptibles de mourir de maladies autrement guérissables comme la rougeole, la pneumonie et la diarrhée.
Les résultats de l’étude sont comparables à ceux de recherches antérieures menées par la Banque des règlements internationaux (BRI) et d’autres institutions qui montrent des augmentations marquées de la mortalité pendant les récessions économiques.
Les critiques soutiennent que les sanctions étasuniennes violent à la fois le droit national et international. Elles sont considérées comme une punition collective en vertu des conventions de Genève et de La Haye, de même qu’illégales en vertu de la Charte de l’Organisation des États américains. La loi étasunienne exige également que des sanctions ne soient imposées qu’en réaction à une « urgence nationale » causée par une menace étrangère – un critère rarement respecté en pratique.
Malgré ces statistiques sombres, les chercheurs croient que la sensibilisation du public pourrait provoquer un changement. « L’invisibilité des sanctions est leur plus grand atout politique », a noté Mark Weisbrot. « Mais une fois exposées, elles deviennent indéfendables. »
Après l’invasion du Koweït par l’Irak, l’ONU — fortement influencée par les États-Unis — a imposé de sévères sanctions à l’Irak à partir du mois d’août 1990, sanctions qui ont duré jusqu’à l’invasion étasunienne de 2003.
L’économie irakienne s’est effondrée. Ses infrastructures – en particulier, les systèmes d’approvisionnement en eau, d’assainissement et de santé – ne pouvaient pas se remettre des dégâts causés par la guerre sans avoir accès aux pièces détachées et aux fournitures étrangères dont l’importation était bloquée par les sanctions.
L’UNICEF a rapporté qu’à la fin des années 1990, les sanctions avaient contribué à la mort de plus de 500 000 enfants irakiens de moins de cinq ans en raison de la malnutrition, des maladies et du manque de médicaments.
En 2011, après le début de la guerre secrète menée par les États-Unis et Israël pour renverser le gouvernement syrien, les États-Unis ont imposé successivement des vagues de sanctions visant l’ancien gouvernement du président Bachar al-Assad, y compris la loi César en 2020, qui a élargi les sanctions aux entités étrangères commerçant avec la Syrie.
Par conséquent, la livre syrienne a perdu la majeure partie de sa valeur. Le prix des biens de première nécessité a explosé, et les subventions destinées aux denrées alimentaires, au carburant et aux médicaments ont pour leur part été réduites.
En 2025, 90 % des Syrien·ne·s vivaient dans la pauvreté.
Simultanément, les sanctions ont découragé les investissements internationaux, de même que les efforts de reconstruction dont le pays avait désespérément besoin, après 14 ans de guerre.