L’armée israélienne explique aux troupes canadiennes ses tactiques employées à Gaza (traduction)

L’armée israélienne explique aux troupes canadiennes ses tactiques employées à Gaza

Par Alex Cosh, The Maple, 17 mars 2026
Texte original en anglais [Traduction : Maya Berbery; révision : Claire Lalande]

« Quand on dit que le Canada fait partie du problème et non de la solution, c’est précisément à ce genre de situation qu’on fait référence. »

« L’armée israélienne explique aux troupes canadiennes ses tactiques employées à Gaza », The Maple, 17 mars 2026
« L’armée israélienne explique aux troupes canadiennes ses tactiques employées à Gaza », The Maple, 17 mars 2026

L’an dernier, des militaires canadien·ne·s en mission en Palestine occupée ont assisté à un séminaire présentant les méthodes employées par Israël pour mener sa guerre génocidaire contre Gaza, a appris The Maple.

Selon des médias israéliens, ce séminaire, organisé par l’armée israélienne en novembre, visait à « renforcer la coopération, mieux faire connaître différentes approches opérationnelles et permettre l’échange de connaissances et d’expériences professionnelles entre les armées participantes ».

Selon les mêmes sources, le Canada aurait fait partie des pays ayant envoyé des délégué·e·s, ce que David McGuinty, ministre de la Défense, disait alors ne pas être en mesure de confirmer.

Près de quatre mois plus tard, Daniel Blouin, porte-parole du ministère de la Défense nationale (MDN), a déclaré à The Maple que des Canadien·ne·s avaient effectivement participé à l’événement et que parmi les participant·e·s figuraient des membres de la GRC et des Forces armées canadiennes déployés dans le cadre de l’opération PROTEUS.

L’opération PROTEUS a pour objectif d’aider à former les Forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (FSAP) en Cisjordanie occupée, sous la direction du Bureau du coordinateur de la sécurité des États-Unis, créé en 2005 dans le cadre du processus de paix d’Oslo.

Cependant, les FSAP sont accusées depuis longtemps de servir de « sous-traitant » à l’occupation illégale de la Cisjordanie par Israël, puisqu’elles collaborent avec les forces israéliennes pour réprimer la résistance palestinienne.

La participation de membres du personnel canadien chargé de la formation de ces forces à un séminaire exposant les méthodes génocidaires employées par Israël à Gaza est très préoccupante, soutient Muhannad Ayyash, professeur de sociologie à l’Université Mount Royal :

« Cette participation indique que les Forces canadiennes se trouvent en Palestine en tant qu’“alliées indéfectibles d’Israël” et non comme acteur neutre. Le personnel canadien est censé aider l’Autorité palestinienne à bâtir son infrastructure de sécurité pour qu’elle puisse garantir la sécurité des Palestiniens, or il se fait plutôt expliquer par les Israéliens comment on commet un génocide en toute impunité. Quand on dit que le Canada fait partie du problème et non de la solution, c’est précisément à ce genre de situation qu’on fait référence. »

De son côté, Daniel Blouin affirme que la participation de militaires canadiens « a renforcé le rôle du Canada en tant que partenaire engagé dans le processus de paix. Le séminaire portait principalement sur les opérations militaires, notamment en matière de lutte contre le terrorisme, de réponse aux menaces asymétriques et d’intégration du renseignement à la planification opérationnelle. La participation à cette conférence ne signifie pas que l’on approuve les opérations d’une armée étrangère. »

Le séminaire, intitulé « Leçons du front », s’est tenu deux mois après que les Nations Unies ont déclaré qu’Israël commettait un génocide contre les Palestinien·ne·s à Gaza.

Selon Blouin, parmi les autres participant·e·s canadien·ne·s au séminaire figuraient des membres du bureau de l’attaché de défense canadien en Israël et un membre du Collège des Forces canadiennes. Des représentant·e·s de 17 autres « alliés et partenaires » y ont également assisté.

Comme l’a déjà rapporté The Maple, l’attaché de défense a assisté en 2024 à un breffage animé par un éminent universitaire israélien, qui a publiquement comparé les Palestinien·ne·s à des cafards.

The Maple a envoyé une série de questions complémentaires concernant les inquiétudes suscitées par la participation du Canada au séminaire, mais n’a reçu aucune réponse.

Le rôle du Canada dans l’occupation

Les FSAP ont été constituées en 1994, après la signature des Accords d’Oslo, l’accord de paix devant tracer une feuille de route vers la création d’un État palestinien indépendant, dans le cadre de ce que l’on appelle souvent la « solution à deux États ».

Dans les faits, cependant, Israël a maintenu son occupation des territoires palestiniens conquis lors de la guerre de 1967 et a considérablement étendu les colonies juives illégales sur ces territoires occupés.

Lorsque les Accords d’Oslo ont été signés en 1993, la population des colonies juives en Cisjordanie occupée s’élevait à environ 110 000 personnes. Aujourd’hui, ce nombre dépasse les 700 000.

De nombreux colons juifs sont extrêmement violents et organisent régulièrement des pogroms contre les Palestinien·ne·s, souvent avec l’aide directe de l’armée israélienne et l’encouragement du gouvernement israélien suprémaciste juif. Les FSAP, explique Ayyash, n’offrent aucune protection contre de telles attaques.

Au contraire, les FSAP mènent périodiquement des raids contre des groupes palestiniens qui résistent à l’occupation israélienne. En décembre 2024, une opération contre des groupes de résistance palestinienne à Jénine a ravivé les critiques de longue date voulant que l’Autorité palestinienne contribue à faire le sale boulot de l’occupation israélienne. D’où le ressentiment que manifeste une grande partie de la population palestinienne à l’égard des FSAP.

Selon le site web de l’Opération PROTEUS, le Canada fournit conseils et soutien aux FSAP, et aide les FSAP à se doter de « meilleurs systèmes en matière de logistique ». L’objectif plus général, selon le site, est « d’accroître la capacité de l’Autorité palestinienne à garantir la sécurité et la sûreté de ses citoyens et citoyennes ».

Cependant, les Forces canadiennes « ne font rien pour former l’Autorité palestinienne à protéger les Palestinien·ne·s contre leur principale menace, à savoir les colons, affirme Ayyash. Je mets au défi n’importe quel responsable canadien de nous dire le contraire. »

Il est interdit aux forces internationales d’intervenir auprès des colons juifs, mais selon un article du Globe and Mail, la mission du coordinateur de sécurité se concentre de plus en plus sur la surveillance des actes de violence perpétrés par les colons.

Malgré tout, lors d’un entretien avec le National Post en décembre 2024, le lieutenant-général Frédéric Pruneau a admis ce qui suit : « [Les Palestinien·ne·s] voient que les Israélien·ne·s peuvent opérer librement en Cisjordanie sans que les Forces de sécurité de l’Autorité palestinienne puissent y faire quoi que ce soit… “Qu’est-ce que vous faites pour moi quand les Israélien·ne·s viennent chez moi et détruisent ma maison?” »

Selon le plan ministériel de la Défense nationale publié récemment, le budget annuel de l’Opération PROTEUS devrait augmenter de 58 % pour atteindre 20,7 millions de dollars l’an prochain.