L’ère nucléaire, née il y a 81 ans dans le mensonge, pourrait s’achever de la même manière
Par Mitchell Zimmerman, Common Dreams, 7 août 2026
Texte original en anglais [Traduction : Maya Berbery; révision : Nathalie Thériault]
Qu’il s’agisse de l’argument selon lequel le largage des bombes atomiques était nécessaire pour mettre fin à la Seconde Guerre mondiale ou des menaces nucléaires inventées de toutes pièces pour justifier les guerres menées par les États-Unis au XXIe siècle en Irak et en Iran, les armes nucléaires ont le don de donner naissance à des mensonges meurtriers.

L’ère atomique a commencé par un mensonge.
Il y a quatre-vingt-un ans cette semaine, un seul avion étasunien, traversant presque inaperçu le ciel d’une ville japonaise, a largué une seule bombe qui a anéanti la ville entière. Trois jours plus tard, un autre avion étasunien a détruit une seconde ville.
Les bombes atomiques larguées sur Hiroshima le 6 août 1945 et sur Nagasaki le 9 août 1945 ont instantanément tué 100 000 personnes. À la fin de l’année, 100 000 autres avaient succombé au mal des rayons, aux brûlures et à d’autres blessures causées par les explosions. Plus de 90 % des victimes étaient des civil·e·s.
La justification avancée pour ce massacre était un mensonge. L’affirmation selon laquelle le largage de bombes atomiques était nécessaire pour éviter les pertes colossales qu’auraient subies les troupes étasuniennes lors d’une invasion des îles nationales du Japon était fausse — et les personnes au pouvoir aux États-Unis en étaient conscientes lorsqu’elles ont choisi de larguer les bombes.
En juillet 1945, les États-Unis, ayant déchiffré les codes militaires japonais, savaient grâce à leurs services de renseignement que le gouvernement japonais avait déjà contacté l’Union soviétique, alors alliée des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, pour discuter d’une possible reddition. Le Japon cherchait surtout à garantir que l’exigence alliée d’une capitulation sans condition ne forcerait pas l’empereur à abdiquer — une condition que les États-Unis ont finalement acceptée sans difficulté.
Comme l’explique de manière convaincante Gar Alperovitz dans son ouvrage Atomic Diplomacy: Hiroshima and Potsdam, la destruction des deux villes japonaises relevait de la politique naissante de la guerre froide et non de la volonté d’éviter une invasion des îles japonaises.
Les responsables de cette décision savaient que le Japon cherchait à mettre fin à la guerre et estimaient que l’entrée de l’Union soviétique dans le conflit, après la victoire des Alliés en Europe, suffirait probablement à précipiter la capitulation du Japon.
Une étude des services de renseignement étasuniens datant de 1946, longtemps gardée secrète et classée comme ultraconfidentielle, a confirmé que ce ne sont pas les explosions atomiques qui ont mis fin à la guerre, mais plutôt la déclaration de guerre de la Russie contre le Japon le 8 août 1945 et les mouvements de troupes soviétiques.
La Russie, alors engagée dans une lutte acharnée contre l’Allemagne nazie, n’avait pas encore participé au conflit contre le Japon. Mais en juillet 1945, lors d’une conférence à Potsdam en Allemagne occupée, le président Harry Truman a obtenu de Joseph Staline l’engagement d’intervenir militairement contre le Japon impérial.
« Finis les Japs quand cela arrivera », avait noté Truman dans son journal de guerre en juillet 1945. « Nous mettrons fin à la guerre un an plus tôt maintenant », écrivait-il dans une lettre à peu près à la même époque. « Pensez à toute la jeunesse qui sera épargnée. »
Les responsables militaires des États-Unis ont confirmé que le bombardement atomique n’était pas nécessaire. Le général Dwight D. Eisenhower, alors commandant suprême des forces alliées (qui deviendra plus tard président des États-Unis) estimait que « le Japon était déjà vaincu et que le largage de la bombe était complètement inutile […], n’étant plus crucial pour sauver des vies étasuniennes ».
L’amiral de la flotte William Leahy, alors chef d’état-major sous Truman, partageait cet avis : « Le Japon était déjà vaincu et prêt à capituler […]. L’utilisation de cette arme barbare […] n’a apporté aucune aide matérielle dans notre guerre contre le Japon. »
Truman, pourtant, n’a pas hésité à larguer les bombes. « La bombe atomique n’a pas été une “grande décision” », a-t-il déclaré 15 ans plus tard.
L’époque de la Seconde Guerre mondiale en fut une d’atrocités. La seconde guerre sino-japonaise (la guerre de conquête menée par le Japon contre la Chine de 1937 à 1945) a causé entre 10 et 20 millions de morts, selon les estimations. L’Allemagne nazie a exterminé 6 millions de Juifs européens et a aussi laissé mourir de faim 2 millions de soldats russes capturés. Sans compter les viols de Nankin, la destruction de Dresde, la famine du Bengale de 1943, ainsi que les bombardements incendiaires de Tokyo et d’une soixantaine d’autres villes japonaises.
Dans toutes ces horreurs indescriptibles, la mort atomique de 200 000 civils japonais s’impose comme une tragédie unique en ce qu’elle marque les premières victimes de la guerre nucléaire — et ces morts inutiles, justifiées par un enchaînement de mensonges, ont inauguré une ère de péril pour l’humanité tout entière.
Les mensonges et les dangers n’ont pas cessé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comme nous aurions dû l’apprendre, les armes nucléaires tendent à engendrer le mensonge.
En 2003, à la suite des attaques du 11 septembre, l’administration Bush a fabriqué le mythe voulant que l’Irak détenait des armes nucléaires, et ce, pour justifier l’invasion et l’occupation de ce pays riche en pétrole. Mais l’Irak ne possédait ni armes nucléaires ni autres armes de destruction massive. Les néoconservateurs et néoconservatrices qui ont soutenu cette invasion (et exhorté le président George W. Bush à envahir aussi l’Iran) avaient manipulé des renseignements douteux pour alimenter la crainte d’une menace fictive.
Ces mensonges ont coûté cher. Au bout du compte, l’occupation de l’Irak a coûté aux États-Unis des milliers de milliards de dollars et des milliers de vies militaires étasuniennes, de même qu’entraîné la mort de centaines de milliers de civil·e·s irakiens.
Aujourd’hui, le président Donald Trump a relancé l’idée chère à la droite de renverser le gouvernement iranien, formulant de nouveaux mensonges sur les armes nucléaires pour légitimer un conflit totalement inutile. Trump et ses conseillers et conseillères ont déclaré que l’Iran était sur le point de produire une bombe nucléaire et développait des missiles à longue portée bientôt capables de frapper les États-Unis. Les agences de renseignement des États-Unis ont confirmé que ces deux affirmations étaient mensongères.
La persistance des mensonges présidentiels au sujet de menaces nucléaires fictives ne doit pas nous faire oublier les dangers bien réels que pose la prolifération nucléaire.
Les citoyen·ne·s préoccupé·e·s par les menaces qui pèsent sur notre existence sur terre se soucient à juste titre des changements climatiques. Cependant, dans un monde de plus en plus soumis aux tensions des changements climatiques et à leurs conséquences (températures extrêmes, élévation du niveau de la mer, mégatempêtes, incendies incontrôlables, destruction des cultures, sécheresse, famine, flux de réfugiés et politiques xénophobes), des dirigeant·e·s désespéré·e·s et mégalomanes pourraient être tenté·e·s de recourir aux armes thermonucléaires. Et l’ère nucléaire pourrait bien se terminer comme elle a commencé, nourrie par le mensonge.
Mitchell Zimmerman est avocat, militant social de longue date et auteur du thriller Mississippi Reckoning (2019).