La folie suicidaire d’une guerre avec l’Iran
Par Chris Hedges, The Chris Hedges Report, 24 février 2026
Texte original en anglais [Traduction et révision : Martine Eloy et Dominique Peschard]

L’équipe de négociation Laurel et Hardy composée de Steve Witkoff et Jared Kushner, jumelée à l’épouvantable ignorance de Trump en matière d’affaires internationales et à sa mégalomanie, semble déterminée à pousser les États-Unis vers une nouvelle débâcle au Moyen-Orient, une débâcle que le Congrès n’a pas approuvée et que le public ne souhaite pas.
Les exigences imposées à l’Iran par la Maison Blanche de Trump ne sont pas plus acceptables pour le régime de Téhéran que celles imposées au Hamas à Gaza dans le cadre du plan de paix bidon de Trump.
La demande de Trump que l’Iran mette fin à son programme nucléaire et renonce à ses capacités balistiques en échange de l’abandon de nouvelles sanctions est aussi déconnectée que d’appeler le Hamas à désarmer à Gaza. Mais comme nous avons depuis longtemps renoncé à compter sur des diplomates qui sont compétents sur le plan linguistique, politique et culturel, et capables de se mettre à la place de leurs adversaires, nous sommes entraînés vers une nouvelle guerre au Moyen-Orient par notre nouvelle clique de bouffons. Les États-Unis et Israël croient naïvement qu’ils peuvent bombarder l’Iran pour renverser le gouvernement iranien et installer un régime fantoche. Ils ne comprennent pas que ce système de croyances irréaliste a échoué en Afghanistan, en Irak et en Libye.
La promesse de ne pas imposer de nouvelles sanctions n’incitera pas l’Iran à négocier un accord. L’Iran est déjà paralysé par des sanctions lourdes qui ont détruit son économie. Cela ne contribuera en rien à briser l’étranglement économique. L’Iran ne renoncera pas à son programme nucléaire, qui pourrait être militarisé, ni à son programme de missiles balistiques, qu’Israël a déclaré vouloir prendre pour cible dans une attaque aérienne. L’arsenal nucléaire réputé d’Israël, qui compterait quelque 300 ogives, incite fortement l’Iran à conserver sa capacité à se doter de son propre arsenal nucléaire. L’Iran, tout comme le Hamas, ne se laissera jamais être sans défense face à ceux qui cherchent à l’anéantir.
Une attaque aérienne contre l’Iran ne ressemblera pas à l’assaut de 12 jours mené en juin dernier contre les installations nucléaires et les infrastructures étatiques et sécuritaires iraniennes. À l’époque, l’Iran avait calibré sa riposte avec des frappes symboliques sur la base aérienne d’Al Udeid au Qatar, dans l’espoir que cela ne conduirait pas à un conflit plus large et prolongé. Si une attaque aérienne est lancée, l’Iran n’aura rien à perdre. Il comprendra qu’il est impossible d’apaiser ses adversaires.
L’Iran n’est pas l’Irak. L’Iran n’est pas l’Afghanistan. L’Iran n’est pas le Liban. L’Iran n’est pas la Libye. L’Iran n’est pas la Syrie. L’Iran n’est pas le Yémen. L’Iran est le dix-septième plus grand pays du monde, avec une superficie équivalente à celle de l’Europe occidentale. Il compte près de 90 millions d’habitants, soit 10 fois plus qu’Israël, et ses ressources militaires ainsi que ses alliances avec la Chine et la Russie en font un adversaire redoutable.
Malgré la relative faiblesse militaire de l’Iran, face aux forces combinées des États-Unis et d’Israël, il peut infliger beaucoup de dégâts. Il le fera aussi rapidement que possible. Des centaines de soldats des États-Unis seront probablement tués. L’Iran fermera certainement le détroit d’Ormuz, le point de passage le plus important au monde pour le pétrole, qui facilite le transit de 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole. Cela doublerait ou triplerait le prix du pétrole et dévasterait l’économie mondiale. Il ciblerait les installations pétrolières ainsi que les navires et les bases militaires étasuniennes dans la région.
Les pertes croissantes et la flambée des prix du pétrole fourniront à Trump et à son ignoble homologue israélien le prétexte pour déclencher une guerre régionale prolongée.
C’est le prix à payer lorsqu’on est gouverné par des imbéciles. Que Dieu nous vienne en aide.