Infolettre no 29 (article 3)

La contestation et la majorité qualifiée : pacifisme japonais, renégociation générationnelle et le prochain tournant constitutionnel

Par Ria Shibata, Asia-Pacific Journal | Japan Focus, 6 mai 2026
Texte original en anglais [Traduction : Dominique Peschard; révision : Martine Eloy]

Résumé

Le tournant constitutionnel que connaît actuellement le Japon révèle une remise en cause profonde du pacifisme d’après-guerre. Les élections de février 2026, qui ont donné lieu à une super-majorité, ainsi que les manifestations de masse devant la Diète, mettent en évidence une fracture de plus en plus profonde au sein de la culture antimilitariste japonaise : une proportion croissante de jeunes électeurs a repensé la paix en termes instrumentaux, assimilant la sécurité à la dissuasion plutôt qu’à la retenue constitutionnelle. Pourtant, ce changement est contesté à l’interne : certains segments du mouvement de protestation rejettent totalement la logique de dissuasion, insistant sur le fait que l’intégration de l’article 9 dans les structures de l’alliance rend politiquement inapplicable la distinction entre forces défensives et forces expéditionnaires. La crise iranienne a démontré que l’article 9 conserve un réel pouvoir de retenue. La campagne référendaire à venir déterminera si cette retenue survivra à sa renégociation.

Manifestations devant la Diète

« The Protest and the Supermajority: Japanese Pacifism, Generational Renegotiation, and the Coming Constitutional Reckoning », Asia-Pacific Journal | Japan Focus, 6 mai 2026
« The Protest and the Supermajority: Japanese Pacifism, Generational Renegotiation, and the Coming Constitutional Reckoning », Asia-Pacific Journal | Japan Focus, 6 mai 2026

En mars 2026, environ 24 000 personnes se sont rassemblées devant le bâtiment de la Diète nationale japonaise, lampes de poche à la main, scandant des slogans contre la révision constitutionnelle. Organisée par des associations civiques regroupées sous des bannières telles que « Nous voulons notre avenir » et « Ne détruisez pas l’article 9 », cette manifestation a eu lieu simultanément dans 137 localités à travers le pays. De jeunes manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Non à la guerre! » et récitaient à haute voix l’article 9, cette disposition constitutionnelle vieille de 78 ans qui renonce à la guerre en tant que droit souverain de l’État japonais. Le 8 avril, un rassemblement de suivi avait pris encore plus d’ampleur, attirant quelque 30 000 personnes devant la Diète.

Ces manifestations se sont déroulées dans un contexte politique tendu. Lors du 93e congrès annuel du Parti libéral-démocrate (PLD) — qui s’est tenu après les manifestations de mars —, Sanae Takaichi a déclaré son intention de faire adopter une proposition d’amendement constitutionnel dans un délai d’un an, avec le soutien d’une majorité qualifiée des deux tiers à la Chambre basse. Elle a présenté cela comme une ouverture historique : « Demandons avec audace au peuple si nous devons tourner une nouvelle page dans le livre de l’histoire. » Parmi les propositions spécifiques figurent la reconnaissance explicite des Forces d’autodéfense (FAD) dans l’article 9 et l’introduction d’une clause relative aux pouvoirs d’urgence. Les manifestations et le discours prononcé lors du congrès, bien qu’ils ne se soient pas succédés directement, répondaient au même courant politique sous-jacent : la pression croissante en faveur d’une révision constitutionnelle.

Ces rassemblements ont fait suite à une autre forme de théâtre politique. Le 19 mars, à la Maison Blanche, le président Trump a fait pression sur Takaichi pour qu’elle envoie des navires de guerre japonais dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 93 % des importations de pétrole du Japon. Elle a refusé, expliquant à Trump qu’il y avait des choses que le Japon « pouvait et ne pouvait pas faire dans le cadre de nos lois ». La même clause constitutionnelle qui l’avait contrainte à Washington était invoquée à Tokyo pour s’opposer à sa ligne d’action. Les manifestations de mars et d’avril nous obligent à examiner un changement plus profond et plus déterminant : la renégociation générationnelle du pacifisme japonais. S’appuyant sur des analyses électorales récentes, des données de sondages et la sociologie politique des jeunes électeurs japonais, cet article se demande si le cadre de référence habituel — pacifisme contre réalisme, Constitution contre capacité — n’est pas devenu structurellement inadéquat pour décrire la situation actuelle.

Le verdict électoral et ses limites

Les élections anticipées du 8 février ont donné lieu à un résultat retentissant. Le PLD, dirigé par Takaichi, a remporté 316 des 465 sièges de la Chambre basse; avec son partenaire de coalition, le Parti japonais de l’innovation (JIP), le bloc au pouvoir détient 352 sièges, soit bien plus que le seuil des deux tiers requis pour proposer des amendements constitutionnels à la Chambre basse. Il s’agit du meilleur résultat de l’histoire du PLD depuis la fin de la guerre. Il est toutefois essentiel de noter que, même ensemble, le PLD et le JIP n’atteignent pas la majorité des deux tiers à la Chambre haute, où un accord plus large entre les différents partis sera nécessaire pour atteindre le seuil requis dans les deux chambres pour une révision constitutionnelle.

Les résultats électoraux ne constituent pas des référendums, et celui-ci était moins explicite que ne le laisse supposer son ampleur. La révision constitutionnelle a été largement absente du débat de campagne mené en février par Takaichi et le PLD. Les électeurs ont peut-être donné à Takaichi un mandat en faveur du changement; toutefois, les analystes suggèrent que les électeurs japonais s’attendaient à ce que ces changements aient un impact positif tangible sur leur vie quotidienne, les préoccupations terre à terre — allègement de la taxe à la consommation, salaires, coût de la vie — restant au premier plan. L’ampleur de cette victoire s’explique aussi en partie par l’effondrement de l’opposition : la fusion de dernière minute du Parti constitutionnel démocrate au sein de l’Alliance centriste pour la réforme a suscité la confusion plutôt que l’enthousiasme chez les électeurs et électrices, et la fragmentation de la gauche a offert au PLD des sièges qui ne reflétaient pas un alignement idéologique avec le programme de révision.

Cela est important, car le parcours constitutionnel à suivre ne s’arrête pas à la Diète. Le processus de ratification nécessite l’approbation d’au moins deux tiers des membres des deux chambres de la Diète, suivie d’une majorité simple lors d’un référendum national, après quoi un amendement met un an à entrer en vigueur. La leçon à tirer des années Shinzo Abe donne à réfléchir : même avec une majorité qualifiée au Parlement et un Premier ministre qui a fait de la révision constitutionnelle la pièce maîtresse de son identité pendant une décennie, l’opinion publique n’a pas bougé.

Le paradoxe des sondages : disposés mais méfiants

Les données des sondages révèlent une réalité qui ne correspond au discours privilégié d’aucun des deux camps. Un sondage réalisé par Kyodo News en 2024 a révélé que 75 % des personnes interrogées considéraient la révision constitutionnelle comme nécessaire — pourtant, 65 % d’entre elles ont simultanément déclaré qu’il n’y avait pas lieu de précipiter le débat parlementaire, et les avis étaient presque également partagés sur la réécriture de l’article 9 en particulier (51 % pour, 46 % contre). Un sondage de Jiji Press réalisé en février 2026 a révélé qu’une très faible majorité — 51,4 % — s’attendait à des avancées en matière de révision constitutionnelle à la suite de la victoire écrasante du PLD, tandis que 23,1 % ne s’y attendaient pas et 25,5 % étaient indécis. Ce que ces données suggèrent globalement, c’est que l’opinion publique japonaise est à la fois plus réaliste sur le plan stratégique que ne le laisse supposer sa réputation d’après-guerre et plus conservatrice sur le plan constitutionnel que ne le laissent supposer les résultats des élections de février. Pour comprendre comment ces deux aspects coexistent, il faut comprendre la jeune génération qui a donné à Takaichi un taux d’approbation de 92 % et dont 82 % s’opposent à la guerre et aux frappes menées par les États-Unis contre l’Iran.

Les sondages mettent systématiquement en évidence une distinction entre le fait d’accepter un renforcement de la posture de défense et celui d’approuver un amendement constitutionnel officiel. Lorsque l’ancien Premier ministre Fumio Kishida a annoncé que le Japon allait augmenter ses dépenses de défense de 1 % à 2 % du PIB et doter les Forces d’autodéfense (FAD) d’une capacité de frappe à longue portée, cela n’a donné lieu à aucune manifestation. Lorsque Takaichi a accéléré cette trajectoire — le budget de la défense du Japon pour l’exercice 2026 a atteint 9 040 milliards de yens, un quatorzième record annuel consécutif —, le public a largement approuvé cette mesure. De nombreux et nombreuses participant·e·s aux récentes manifestations anti-guerre semblaient se concentrer sur l’acte spécifique et chargé de symbolisme que constitue la modification formelle du texte constitutionnel lui-même. Il serait toutefois erroné d’homogénéiser le mouvement de protestation. Pour certain·e·s participant·e·s – et les données suggèrent que cela est particulièrement marqué chez les jeunes manifestantes –, les manifestations incarnent un pacifisme plus traditionnel, opposé à la dissuasion : un rejet de la logique même selon laquelle la capacité militaire peut servir la paix. Ces voix, finalement poussées dans la rue par le poids cumulatif des événements, n’acceptent pas la distinction entre dissuasion défensive et révision constitutionnelle qui sous-tend une grande partie du discours du gouvernement.

Le tournant de la dissuasion : une génération renégocie la paix

L’évolution la plus significative d’un point de vue analytique sur la scène politique japonaise contemporaine ne réside pas seulement dans la récente montée en puissance électorale du PLD. Il s’agit d’une transformation conceptuelle dans la manière dont une génération appréhende la paix. Depuis plus de sept décennies, le pacifisme constitue l’un des piliers fondateurs de l’identité politique japonaise. Cet engagement en faveur de la paix, né des violences catastrophiques de la guerre du Pacifique et cristallisé dans l’article 9 de la Constitution, qui renonce à la guerre en tant que droit souverain, a façonné le discours public japonais et la perception que le pays avait de lui-même tout au long de l’après-guerre. Berger a décrit le Japon comme possédant une « culture de l’antimilitarisme » profondément ancrée, dans laquelle les attitudes tant des élites que des masses limitaient le recours à la force militaire. Pourtant, Oros a mis en évidence un processus graduel de « normalisation » au cours duquel les décideurs politiques ont progressivement élargi les rôles des Forces d’autodéfense tout en conservant une rhétorique pacifiste. De même, Izumikawa a fait valoir que la posture de sécurité modérée du Japon reflétait un mélange d’engagement normatif et de calcul stratégique, rendant le consensus pacifiste toujours conditionnel.

Au sein d’une part importante des jeunes électeurs et électrices — ceux et celles qui ont actuellement entre 18 et 35 ans —, la paix est de plus en plus perçue en termes positifs et instrumentaux : comme le résultat d’une dissuasion efficace. La génération actuelle estime que la préparation militaire permet de prévenir toute agression. Cette évolution est réelle et documentée, mais elle ne caractérise pas uniformément la jeune génération. Les différences entre les sexes sont particulièrement marquées à cet égard : les données issues des sondages et de la participation aux manifestations suggèrent que les jeunes femmes sont surreprésentées parmi ceux et celles qui conservent une conception plus traditionnelle de la paix, opposée à la dissuasion — une conception qui considère l’association de l’article 9 à la dissuasion de l’alliance comme intrinsèquement dangereuse plutôt que rassurante.

Cependant, l’évolution du contexte géopolitique dans lequel évoluent concrètement ces électeurs et électrices rend compréhensible ce virage vers la dissuasion. Les jeunes électeurs et électrices ont vu des porte-avions chinois opérer près d’Iwo Jima, ont observé des radars de conduite de tir se verrouiller sur des avions japonais, ont assisté à des essais successifs de missiles balistiques intercontinentaux (Intercontinental ballistic missile ou ICBM) nord-coréens capables d’atteindre n’importe quelle ville du Japon et ont vu l’administration Trump exiger explicitement une augmentation des dépenses de défense tout en menaçant de retirer ses garanties de sécurité. Une enquête réalisée en 2025 par le Bureau du Cabinet a révélé que 90,8 % de l’ensemble des personnes interrogées avaient une opinion favorable des Forces d’autodéfense (FAD), ce chiffre atteignant 93,5 % chez les 18-29 ans — le plus élevé de toutes les tranches d’âge. L’évolution institutionnelle des FAD elles-mêmes a renforcé cette transformation au fil de décennies d’interventions en cas de catastrophe et de missions de maintien de la paix, dont le point culminant a été l’intervention lors du grand séisme de l’est du Japon en 2011. Les FAD se sont forgé une image protectrice et humanitaire plutôt que martiale. De plus, des enquêtes récentes montrent que les citoyen·ne·s japonais·es sont nettement plus enclin·e·s à soutenir le recours à la force militaire lorsqu’il est présenté comme un moyen de protéger la paix ou de défendre le territoire national que lorsqu’il est présenté en termes militaires conventionnels. Il convient toutefois de souligner que la volonté des électeurs et électrices japonais·es de soutenir une défense crédible du territoire national et une dissuasion régionale n’équivaut pas à une volonté de projeter la force militaire au-delà de la région. Le tournant vers la dissuasion mis en évidence par ces enquêtes relève, structurellement, d’un nationalisme défensif. Il n’existe aucune preuve comparable d’un engouement du public pour des opérations expéditionnaires sur des théâtres d’opérations lointains. Le fait que, depuis la fin de la guerre, le Japon n’ait déployé le personnel des Forces d’autodéfense que dans des rôles non combattants de maintien de la paix, même après la réinterprétation de l’article 9 en 2014, reflète non seulement une contrainte constitutionnelle, mais aussi une véritable préférence de l’opinion publique.

L’article 9 comme rempart : le test iranien

La crise iranienne qui a débuté le 28 février 2026 — lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des frappes sur le territoire iranien — a soumis l’identité stratégique en pleine évolution du Japon à un test de résistance auquel il ne s’attendait pas. La fermeture de facto du détroit d’Ormuz a entraîné une forte dépréciation du yen, une hausse des prix des carburants et le déblocage des réserves d’urgence. Dans le même temps, des systèmes de défense antimissile THAAD et Patriot provenant de Corée du Sud, ainsi que plus de 2500 marines étatsuniens stationnés au Japon ont été redéployés vers le Moyen-Orient, précisément au moment où les relations entre Tokyo et Pékin étaient tendues. Pour certains Japonais·es déjà sceptiques quant à l’engagement inconditionnel des États-Unis, la guerre en Iran a confirmé que le « parapluie de sécurité » de Washington avait ses limites.

Lorsque Trump a fait pression sur Takaichi à la Maison Blanche le 19 mars pour qu’elle envoie des navires de guerre japonais dans le détroit d’Ormuz, celle-ci s’est retrouvée tiraillée entre la loyauté envers l’alliance et les contraintes constitutionnelles. Sa réponse était révélatrice : il y a des choses que le Japon « peut et ne peut pas faire dans les limites de nos lois ». CNN a noté que bien que le Japon soit « peu susceptible d’engager des forces de combat » compte tenu des obstacles juridiques et politiques importants, « le simple fait d’invoquer les limites juridiques du Japon ne suffira pas à apaiser Trump »; ce qui crée une tension persistante au cœur de l’alliance.

Le cas de l’Iran met en lumière une distinction facile à énoncer mais difficile à maintenir sur le plan politique. Un sondage de l’Asahi Shimbun (2026) a révélé que seulement environ 9 % des citoyen·ne·s japonais·es soutenaient des frappes militaires menées par les États-Unis contre l’Iran, tandis que 82 % s’y opposaient et que 51 % désapprouvaient le refus de Takaichi de se prononcer clairement sur la légalité de la guerre. Il existe une différence significative entre une situation d’urgence dans le détroit de Taïwan — où les contraintes de l’article 9 lient le Japon dans un scénario affectant directement sa propre sécurité — et un déploiement dans le détroit d’Ormuz dans le cadre d’un conflit perçu comme n’étant ni défensif ni directement lié à la sécurité japonaise.

Les manifestant·e·s rassemblé·e·s devant la Diète en mars brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « On ne peut pas instaurer la paix par la force des armes. » Pour ces manifestant·e·s, les événements de mars 2026 ont apporté une confirmation empirique, plutôt qu’hypothétique, de cette préoccupation. L’article 9, longtemps décrit comme une relique constitutionnelle progressivement vidée de sa substance, a fonctionné lors de cette crise comme ses auteurs l’avaient prévu : comme un frein.

Le creuset du référendum et l’opportunité pour la gauche

Les propositions de révision constitutionnelle actuellement sur la table sont délibérément conçues pour rallier la coalition la plus large possible. La reconnaissance explicite des Forces d’autodéfense (FAD) dans l’article 9 invite les électeurs et électrices à consacrer dans la Constitution une réalité qu’ils acceptent déjà largement : les sondages montrent clairement que seul un petit nombre de Japonais·es considère que les FAD sont inconstitutionnelles. Mais il sera difficile de contenir le débat. Dès que la campagne référendaire débutera, l’opposition soulèvera inévitablement la question que posent déjà les manifestant·e·s de mars : non pas de savoir si les FAD doivent être reconnues, mais où elles pourraient être déployées une fois reconnues, et sous quel commandement. Même sous Abe — qui a fait de la révision constitutionnelle la pièce maîtresse de son identité pendant près d’une décennie —, les dirigeants populaires n’ont pas réussi à faire pencher la balance, et les citoyen·ne·s enclin·e·s à soutenir la révision ont vu leur enthousiasme s’émousser après l’adoption par le gouvernement d’une nouvelle législation sur la sécurité en 2015. Les manifestations de mars pourraient également être considérées comme une publicité involontaire pour les échecs de la gauche japonaise. Malgré des manifestations de grande ampleur contre la guerre en Iran et la révision constitutionnelle, l’opposition n’a jamais réussi à transformer ce sentiment public en une force politique capable de s’opposer au programme du PLD en matière de sécurité. En février, le Parti constitutionnel démocratique n’enregistrait pratiquement aucun soutien parmi les électeurs et électrices âgé·e·s de 18 à 29 ans. Son effondrement reflète des problèmes structurels : un échec épistémologique en matière de sécurité (refus d’aborder les arguments stratégiques selon leurs propres termes); un échec générationnel (association avec le gouvernement discrédité du Parti démocrate du Japon de 2009 à 2012) ; un échec communicationnel (contenu numérique « au ton presque entièrement négatif », contrairement à celui de Takaichi qui suscitait un engagement positif); une incohérence politique (la formation de dernière minute de l’Alliance centriste pour la réforme a contraint à l’abandon de positions fondamentales); l’incapacité à distinguer le pacifisme en tant que valeur du pacifisme en tant que doctrine rigide, réfractaire à toute mise à jour empirique. Pourtant, la crise iranienne a ouvert une opportunité politique inattendue. Les 82 % d’opposition aux frappes menées par les États-Unis suggèrent que la restriction constitutionnelle prévue par l’article 9 conserve une légitimité populaire substantielle. Une alternative de gauche crédible développerait un cadre de « sécurité progressiste » qui prendrait au sérieux l’environnement de menaces tout en insistant sur la diplomatie multilatérale, la restriction constitutionnelle et le contrôle législatif — en abordant la question de la sécurité plutôt qu’en l’esquivant.

Conclusion : la signification de ces manifestations

Les manifestant·e·s rassemblé·e·s devant la Diète en mars et en avril 2026 étaient en grande partie des femmes et des jeunes — qui rejettent la logique même de la dissuasion, arguant qu’une fois que le Japon aura accepté la dissuasion intégrée de l’alliance sous la direction des États-Unis, la distinction entre opérations défensives et expéditionnaires deviendra politiquement inapplicable. Les manifestant·e·s partageaient tous une même préoccupation : que la révision constitutionnelle supprime le frein que Takaichi elle-même avait invoqué en mars 2026 pour rejeter la demande de Trump.

La jeune génération japonaise n’a pas abandonné le pacifisme ; elle l’a repensé. Quelle que soit l’évolution vers la dissuasion observée chez une part croissante des jeunes électeurs et électrices et quelles que soient les conséquences de ce glissement sur la politique électorale, les budgets de défense et les termes de l’alliance du Japon avec les États-Unis, la résistance profonde et persistante à la guerre qui s’est manifestée par la participation massive des jeunes aux manifestations n’a pas été supplantée. Cette résistance perdure, même si elle a été repensée de manière inégale, selon des lignes de démarcation liées au genre et à l’expérience qui défient toute synthèse simpliste. La majorité qualifiée de février et les manifestations de mars ne sont pas des phénomènes contradictoires; ce sont les expressions de deux réponses différentes à la même question sous-jacente sur ce qu’exige la paix — et la seconde réponse, celle qui est anti-guerre, n’a pas perdu son emprise sur la jeunesse japonaise.

Le prochain référendum constitutionnel sera le creuset dans lequel ces distinctions seront mises à l’épreuve. Le cadrage stratégiquement astucieux du gouvernement — qui demande aux électeurs et électrices de reconnaître quelque chose qu’ils acceptent déjà — pourrait l’emporter si la campagne parvient à se limiter à cette question précise. Il se heurtera à un électorat bien plus réticent si l’opposition parvient à élargir le débat pour déterminer où des Forces d’autodéfense (FAD) reconnues constitutionnellement pourraient être déployées, et sous quel commandement. La tradition pacifiste du Japon n’a jamais été aussi monolithique qu’elle en avait l’air ni aussi fragile que le prétendent ses détracteurs et détractrices. Ce que révèlent à la fois les manifestations de mars et la majorité qualifiée obtenue en février, ce n’est pas la fin de cette tradition, mais sa renégociation — portée par les générations, stratégiquement sérieuse, marquée par des dimensions de genre sous-estimées par les commentaires dominants, et loin d’être résolue. La réponse ne sera pas déterminée par l’arithmétique de la Diète, mais par le débat que le Japon mène avec lui-même.