Infolettre no 29 (recension 2)

Recension de livre écrite par Denis Kosseim

Canada & NATO: Myth of a Global Peacekeeper

Owen Schalk, ARP books, 2026, 150 pages

Canada & NATO: Myth of a Global Peacekeeper, d'Owen Schalk (2026)
Canada & NATO: Myth of a Global Peacekeeper, d’Owen Schalk (2026)

La perception que l’on a généralement de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), c’est qu’elle est une alliance internationale défensive. Écrit en anglais, le livre Canada & NATO déboulonne soigneusement le mythe que l’OTAN est garante de la paix mondiale. Son auteur, Owen Schalk, examine rigoureusement la documentation historique pour démontrer que l’Alliance est en fait une organisation offensive au service des intérêts capitalistes des États-Unis et de ses alliés. Schalk, un auteur manitobain, met les pendules à l’heure en sept courts chapitres, tenus ensemble par un serre-livres introductif et un serre-livres conclusif.

L’essai d’Owen Schalk arrive à la suite de celui de Medea Benjamin et de David Swanson : L’OTAN : une alliance au service de la guerre, paru en français en 2025 (et en anglais en 2024). Poursuivant le travail de Benjamin et de Swanson, l’essai de Schalk est davantage axé sur l’action. En effet, Schalk présente un plaidoyer pour le retrait du Canada de l’OTAN.

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Canada & NATO ne porte pas tant sur le rouage canadien dans la mécanique otanienne; il porte bien plus sur l’idée que l’on se fait de l’OTAN, comme l’indique le sous-titre : Myth of a Global Peacekeeper (Le mythe d’un gardien de la paix mondiale). Seul le chapitre 6 porte directement sur le rôle du Canada au sein de l’OTAN.

Hormis le chapitre 6, la critique que fait Owen Schalk de l’OTAN n’adopte pas un cadrage axé sur le droit international. En prenant le droit international comme cadre de référence, Schalk aurait assurément interpelé un plus grand nombre de personnes. En effet, le droit international jouit d’un grand prestige pour les populations des États membres de l’OTAN (et au-delà). Par le truchement du droit international, la critique de Schalk aurait ainsi montré à un public élargi qu’il y a des alternatives juridiques à l’OTAN. Rappelons que le droit international a été mis sur pied à la suite de la Seconde Guerre mondiale et qu’il a été codifié dans la Charte de l’ONU, organisation fondée en 1945, et ce, pour maintenir la paix internationale.

En présentant l’OTAN comme une organisation concurrente à l’ONU et au droit international, la critique de Schalk aurait pu montrer tous les obstacles que l’OTAN a mis sur le chemin de l’ONU. Sur ce point, Schalk montre l’actualité du débat sur l’OTAN en mentionnant dès les premières lignes que les États membres de l’OTAN ainsi que le leadership de l’Alliance ont exprimé leur appui total pour l’assaut militaire israélien sur Gaza, débutant en octobre 2023, malgré des crimes de guerre confirmés et des indications claires qu’un génocide était en cours. Rappelons que le slogan informel de l’ONU, c’est Plus jamais ça

L’essai d’Owen Schalk a le mérite de remettre sur la table une discussion importante. En effet, après la guerre froide, il y avait, dans la sphère publique, une fenêtre pour discuter de la pertinence institutionnelle de l’OTAN. Mais les opérations de l’OTAN en Yougoslavie ont vite fermé cette fenêtre. Le 11 septembre a ensuite verrouillé la fenêtre. Le livre d’Owen Schalk permet de reprendre une discussion essentielle au sujet de l’OTAN. Est-ce que la perception de l’OTAN comme alliance militaire défensive est fondée? Est-ce que l’OTAN apporte la sécurité qu’elle promet aux populations de ses États membres? Est-ce que la part d’un budget national affectée à l’OTAN est une dépense justifiée? Est-ce que cette part devrait être redirigée vers des services publics, comme le logement abordable?

La discussion à laquelle nous convie Schalk est d’une grande actualité. Dans le chapitre 3, que Schalk intitule Not One Inch East, il parle de la guerre en Ukraine, qui a débuté en février 2022. Actuellement, la perception dominante, c’est que Poutine, le chef de file de l’impérialisme russe, a été le déclencheur de la guerre. Mais Schalk souligne une importante citation, celle de Mikhaïl Gorbatchev, le dernier dirigeant de l’URSS : « The Americans promised that NATO wouldn’t move beyond the boundaries of Germany after the Cold War ». Pour redire les choses autrement, les hauts représentants des États-Unis avaient promis à Gorbatchev que, à la suite de la chute du mur de Berlin, la réunification de l’Allemagne ne serait pas utilisée pour placer les forces militaires de l’OTAN sur le territoire de l’Allemagne de l’Est, sachant pertinemment que ce geste serait perçu en Russie comme étant hautement belliqueux. Mais comme le détaille Schalk, l’OTAN a maintes fois dépassé les limites que l’Alliance avait promis de respecter. Depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN s’est étendue de sorte à encercler la Russie, s’étendant d’abord en Allemagne, puis en Tchéquie, en Hongrie, en Pologne, en Afghanistan, au Monténégro, en Macédoine du Nord, en Finlande, en Suède et maintenant en Ukraine.

L’éminent politologue étasunien John Mearshimer précise que l’Ukraine a été la goutte qui a fait déborder le vase. Pour Moscou, l’Ukraine, c’est la ligne rouge à ne pas dépasser. Franchir cette ligne, c’est pour Moscou une menace existentielle, un peu comme Cuba fut la ligne rouge des États-Unis pendant la guerre froide (le débarquement des États-Unis à Cuba en 1961, ou le débarquement de la baie des Cochons).

Si la République d’Ukraine avait opté pour la neutralité (neutralité tant par rapport à l’OTAN que par rapport à la fédération de Russie), la guerre aurait assurément été évitée. Pour Mearshimer, ce n’est pas l’impérialisme russe qui est responsable de la guerre, mais bien l’expansionnisme de l’OTAN. Cyniquement, l’OTAN a ignoré ses promesses (Not one Inch East), et lorsque l’expansionnisme otanien s’est déployé en Ukraine, la guerre devint inévitable, entraînant de facto les pays membres de l’Alliance dans un bourbier gluant. Le plaidoyer d’Owen Schalk pour le retrait du Canada de l’OTAN arrive, pour nous, à point nommé.

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Canada & NATO doit être lu par toute personne préoccupée par la place grandissante de la guerre et du militarisme. Publié par ARP Books, un éditeur manitobain, l’essai d’Owen Schalk cible le lectorat canadien, mais ce plaidoyer pour que le Canada se retire de l’OTAN pourrait (et devrait) être élargi, devenant ainsi un plaidoyer pour qu’un par un, les États membres de l’OTAN se retirent de l’Alliance. En effet, « nous avons besoin de ce livre », dit si bien Vijay Prashad, directeur général du Tricontinental Institute. Je rajouterais qu’au Québec, nous avons besoin de ce livre traduit en français.