Des personnalités publiques israéliennes appellent à des « sanctions dissuasives » contre Israël en raison de la famine à Gaza (traduction)

Des personnalités publiques israéliennes appellent à des « sanctions dissuasives » contre Israël en raison de la famine à Gaza

Par Peter Beaumont, The Guardian, 29 juillet 2025
Texte original en anglais [Traduction : Claire Lapointe; révision : Nathalie Thériault]

Trente et un Israéliens de renom expriment par écrit leur honte face à la « campagne brutale » et exigent un cessez-le-feu permanent.

« Des personnalités publiques israéliennes appellent à des “sanctions dissuasives” contre Israël en raison de la famine à Gaza », The Guardian, 29 juillet 2025
« Des personnalités publiques israéliennes appellent à des “sanctions dissuasives” contre Israël en raison de la famine à Gaza », The Guardian, 29 juillet 2025

Dans le contexte d’horreur croissante liée à la famine à Gaza, un groupe de personnalités israéliennes de premier plan, dont des universitaires, des artistes et des intellectuel·le·s, a appelé la communauté internationale à imposer des « sanctions dissuasives » contre Israël.

Parmi les 31 signataires de cette lettre adressée au Guardian, on compte un récipiendaire d’un Oscar, Yuval Abraham, un ancien procureur général israélien, Michael Ben-Yair, un ancien président du parlement israélien et ancien chef de l’Agence juive, Avraham Burg, et un certain nombre de lauréats du prestigieux prix Israël, la plus haute distinction culturelle d’Israël.

Ces personnalités, issues des domaines de la poésie, des sciences, du journalisme et du monde universitaire, accusent Israël de « faire mourir de faim le peuple de Gaza et d’envisager le retrait forcé de millions de Palestinien·ne·s de la bande de Gaza ».

Les signataires soutiennent que « la communauté internationale doit imposer des sanctions dissuasives contre Israël, jusqu’à ce qu’il mette fin à cette campagne brutale et instaure un cessez-le-feu permanent ».

Cette lettre est importante à la fois pour sa critique sans réserve d’Israël et pour sa volonté de briser le tabou consistant à approuver des sanctions internationales sévères, dans un pays où les politiciens ont promu des lois visant à punir ceux qui prônent de telles mesures.

Parmi les signataires figurent le peintre Michal Na’aman; Ra’anan Alexandrowicz, un documentariste primé; Samuel Maoz, le réalisateur du film Lebanon, lauréat du Lion d’or; le poète Aharon Shabtai et le chorégraphe Inbal Pinto.

L’horreur internationale croissante relative à la trajectoire de la guerre d’Israël à Gaza se reflète de plus en plus au sein même d’Israël – et au sein de la diaspora juive mondiale au sens large. Cette horreur est suscitée par les images d’enfants palestiniens émaciés et les rapports concernant les tirs des forces israéliennes sur des Palestinien·ne·s affamés dans des centres de distribution de nourriture.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, cette lettre fait suite à l’annonce que plus de 60 000 Palestinien·ne·s ont été tués dans la guerre que livre Israël contre Gaza depuis 21 mois.

[Le 28 juillet dernier], deux groupes israéliens de défense des droits de la personne, B’Tselem et Physicians for Human Rights Israel, ont publié des rapports qui établissaient pour la première fois qu’Israël mène une politique « génocidaire » contre les Palestinien·ne·s à Gaza, pulvérisant ainsi un autre tabou.

[Le 27 juillet], le mouvement réformiste, la plus grande confession juive aux États-Unis, a déclaré que le gouvernement israélien était « coupable » de la famine croissante à Gaza.

« Personne ne devrait rester indifférent à la faim généralisée qui touche des milliers de Gazaoui·e·s. Personne ne devrait passer son temps à débattre des définitions techniques entre famine et faim généralisée ».

« La situation est désastreuse et mortelle. Nous ne devons pas non plus accepter la thèse selon laquelle la faute en reviendrait principalement au Hamas si de nombreux Gazaoui·e·s souffrent de la faim ou sont sur le point de mourir de faim, ni que l’État juif n’y serait pour rien dans ce désastre humain. La première réaction morale doit émaner d’un cœur bouleversé devant une tragédie humaine d’une telle ampleur. »

« Bloquer la nourriture, l’eau, les médicaments et l’électricité – en particulier pour les enfants – est indéfendable », a-t-on ajouté. « Ne laissons pas notre chagrin se transformer en indifférence ni notre amour pour Israël nous rendre sourd·e·s aux cris des plus vulnérables. Relevons le défi moral de ce moment. »

Les dernières interventions font suite à des commentaires émis plus tôt [en juillet] par l’ancien premier ministre israélien Ehud Olmert. Il a déclaré au Guardian que la « ville humanitaire » que le ministre israélien de la Défense propose de construire sur les ruines de Rafah serait un camp de concentration et que forcer les Palestinien·ne·s à s’y installer équivaudrait à un nettoyage ethnique.

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, des responsables et des ONG de droite continuent de nier l’existence d’une famine à Gaza engendrée par Israël, et ce, malgré des preuves accablantes du contraire, notamment le suivi rigoureux et fondé sur des données de l’ONU en matière de sécurité alimentaire, le mécanisme de classification intégrée de la sécurité alimentaire, et la reconnaissance par Donald Trump d’une « véritable famine » dans la bande côtière.

Le gouvernement israélien a été sollicité pour commenter ces déclarations.