Lettre des parrains et marraines de la campagne 2019 du coquelicot blanc: Militarisme et réchauffement climatique : combats complémentaires pour la survie de l’humanité

Militarisme et réchauffement climatique : combats complémentaires pour la survie de l’humanité

Lettre publiée dans le  Devoir, du 21 septembre 2019 sous le titre “Une raison de plus de combattre le militarisme” , le même jour que la publication d’un Cahier spécial Paix internationale, à l’occasion de la Journée internationale de la Paix.

Cette année, les Nations Unies ont adopté, pour la Journée internationale de la paix (21 septembre) le slogan Action climatique, action pour la paix”, pour souligner “l’importance de lutter contre le changement climatique en tant que moyen de protéger et de promouvoir la paix dans le monde”.

Il ne fait aucun doute que le réchauffement climatique a déjà commencé à affecter négativement la sécurité humaine et que ses impacts sont susceptibles de participer à la genèse de nouveaux conflits. Mais, pour l’heure, le réchauffement climatique ne représente pas la principale menace à la paix dans le monde. Dans cet article, nous voulons mettre en lumière d’autres liens entre guerres, militarisme et changements climatiques, qui nous semblent moins discutés mais néanmoins fort importants.

Impact des guerres et du militarisme sur le réchauffement climatique

Les raisons de s’opposer aux guerres et au militarisme ne manquent pas. Leur impact sur le réchauffement climatique en est une de plus.

Commençons d’abord par un constat : l’armée des États-Unis (É.U.), avec ses énormes besoins en carburant pour les guerres qu’elle mène et les opérations de ses quelques 800 bases militaires est l’institution qui produit le plus de gaz à effet de serre dans le monde. Selon une étude récente de Neta Crawford du Costs of War Project, de 2010 à 2017, le Département de la défense des É.U. a produit une moyenne annuelle de 66 millions de tonnes métriques d’équivalent CO2. Ces émissions sont bien supérieures aux émissions totales de la Suède (50,8), de la Finlande (46,8) ou du Danemark (33,5) en 2017. Cela ne représente qu’un faible pourcentage des émissions totales des É.U. Mais à cela, il faut ajouter les émissions des industries militaires aux É.U. estimées à environ 15 % du total des émissions industrielles du pays.

Pour connaître l’empreinte carbone réelle des guerres et du militarisme, il faudrait ajouter à cela toutes les émissions liées aux autres armées et aux autres industries militaires dans le monde (celles de plusieurs autres membres de l’OTAN, de la Chine, de la Russie, etc.). Il faudrait aussi estimer les émissions résultant du ciblage des puits, des raffineries – dont celles de l’Arabie saoudite tout récemment – et des convois de ravitaillement en carburant. Et il faudrait aussi ajouter les émissions liées à la reconstruction des infrastructures détruites ou endommagées dans toutes ces guerres.

Réduction des émissions : l’exemption militaire

Si le Protocole de Kyoto (1997) exemptait les pays signataires de faire rapport de leurs émissions de CO2 pour la défense et la sécurité, l’Accord de Paris (2016) entend combler cette brèche. Mais les pays peuvent continuer d’exempter ces secteurs quand vient le temps d’établir des cibles de réduction des émissions, ce qui est le cas du Canada.

Pour la survie de l’humanité : combattre aussi le militarisme

Alors que de plus en plus de gens prennent conscience que la survie de l’humanité passe par une lutte pressante contre le réchauffement climatique, nous croyons qu’un autre constat doit aussi s’imposer : la nécessité d’en finir avec la guerre et le militarisme. Non pas dans un avenir lointain, mais de façon urgente.

À l’heure où les É.U. jouent de plus en plus la carte de l’intimidation et de l’agression militaires pour tenter de maintenir leur hégémonie dans le monde, où les tensions croissent avec la Chine et la Russie, où les divisions s’approfondissent au sein de plusieurs pays avec la montée de l’extrême-droite, le danger de nouvelles guerres encore plus destructrices grandit. Et avec lui, le danger d’une conflagration nucléaire, l’autre grave menace à la survie de l’humanité. À cet égard aussi, le Canada joue un rôle néfaste, faisant partie des 28 pays de l’OTAN (sur 29) qui ont boycotté le processus d’élaboration du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires adopté à l’Assemblée générale de l’ONU, le 7 juillet 2017.

Militarisme et enjeux de justice climatique

La lutte contre le réchauffement climatique comporte des enjeux de justice importants. À l’échelle mondiale, les pays les plus grandement menacés n’ont souvent qu’une responsabilité minime dans le réchauffement et des ressources limitées pour en affronter les conséquences. Alors que les pays occidentaux, qui sont les premiers responsables de cette catastrophe écologique, disposent de moyens beaucoup plus importants et feront face à des conséquences moindres. Pour eux, la lutte contre le réchauffement climatique exigera d’allouer des budgets importants pour la transition des énergies fossiles vers des énergies plus propres. Mais elle devrait également se traduire par le transfert de ressources importantes vers les pays les plus durement touchés.

Une lutte conséquente contre le militarisme – impliquant la réduction drastique des budgets militaires dans nos pays et le démantèlement des armes nucléaires – permettrait non seulement de neutraliser cette menace à la survie de l’humanité, mais aussi de dégager des sommes considérables pour contrer le réchauffement climatique et ses effets.

François Avard, auteur et scénariste
Ariane Émond, journaliste indépendante, animatrice et auteure
Martin Forgues, ex-militaire, journaliste indépendant et auteur (L’Afghanicide)
Jacques Goldstyn (alias Boris), auteur, illustrateur et caricaturiste
Geneviève Rochette, comédienne
Christian Vanasse, humoriste
Parrains et marraines de la campagne 2019 du coquelicot blanc